{"id":348,"date":"2024-12-10T17:02:19","date_gmt":"2024-12-10T16:02:19","guid":{"rendered":"http:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/?p=348"},"modified":"2024-12-10T17:02:19","modified_gmt":"2024-12-10T16:02:19","slug":"une-histoire-alambiquee-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/2024\/12\/10\/une-histoire-alambiquee-5\/","title":{"rendered":"Une histoire alambiqu\u00e9e 5"},"content":{"rendered":"\n\t\t\t\t\n<p>\u00ab\u00a0Ben allez, entre, tourterelle, quoi.\u00a0\u00bb<br>Judith pesta : \u00ab\u00a0Gnemini, bloubeuleu fleu greugneu graaaaa !\u00a0\u00bb<br>&#8211; Ah oui, c&rsquo;est vrai, tu es attach\u00e9e. Allez, debout la chouette !\u00a0\u00bb dit-il en levant Judith.<br>\u00ab\u00a0Aaaaaaaah !\u00a0\u00bb r\u00e9pondit-elle en posant les pieds sur le sol, puis en sautillant beno\u00eetement. Oui, l&rsquo;entorse. Et boum, par terre. \u00ab\u00a0Ah, pardon. Je ne savais pas que tu \u00e9tais en porcelaine. &#8211; Gneumeugnan, flagrala !\u00a0\u00bb<br>M. de la brute la mit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa&#8230; non, vraiment, j&rsquo;ai pas le vocabulaire. Il la mit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, ferma la porte et la d\u00e9tacha. Judith avait tr\u00e8s, tr\u00e8s tr\u00e8s envie de faire \u00e9talage de ses connaissances encyclop\u00e9diques en ornithologie, mais elle se retint de l&rsquo;affubler d&rsquo;une farandole bien sentie de noms d&rsquo;oiseaux. Elle resta coite.<br>\u00ab\u00a0Bon, ben puisque tu ne racontes pas grand-chose, j&rsquo;ai faim, fais-nous \u00e0 manger, mon \u00e9cureuil bless\u00e9.\u00a0\u00bb<br>S&rsquo;il y a une partie de l&rsquo;anatomie de Judith qu&rsquo;elle entra\u00eene par beaucoup d&rsquo;activit\u00e9, c&rsquo;est bien sa cervelle. Pas forc\u00e9ment d&rsquo;une activit\u00e9 pertinente, mais \u00e0 tout le moins d\u00e9bordante. C&rsquo;est toujours \u00e7a de pris. Donc en cet instant, Judith faisait tourner ses m\u00e9ninges \u00e0 fond la caisse. Un trappeur. Qui faisait des travaux chez lui. Et qui voulait manger. N&rsquo;importe quoi, apparemment. C&rsquo;est parti. \u00ab\u00a0Ca fait combien de temps que l&rsquo;ours n&rsquo;a pas mang\u00e9 de pain ?\u00a0\u00bb<br>Sentant confus\u00e9ment qu&rsquo;on s&rsquo;adressait \u00e0 lui, le trappeur ouvrit de grands yeux qui scintill\u00e8rent : \u00ab\u00a0Du &#8230; pain. Du pain.\u00a0\u00bb C&rsquo;est quand m\u00eame autre chose que de la viande faisand\u00e9e et des racines terreuses. \u00ab\u00a0Ca fait&#8230; on va faire du pain ?\u00a0\u00bb On sentait dans sa voix qu&rsquo;il \u00e9tait pris par l&rsquo;\u00e9motion. Cette grande brute perdue pour la civilisation n&rsquo;avait probablement pas eu un aliment correctement cuit depuis des ann\u00e9es.<br>&#8211; Oui. Un truc un peu civilis\u00e9. C&rsquo;est parti. Farine, if you plize\u00a0\u00bb<br>Et l&rsquo;ogre se retourna pour farfouiller dans sa hut.. dans son foutoi&#8230; Dans son bazar. Judith profita qu&rsquo;il avait le dos tourn\u00e9 pour relever le loquet de la porte. Premi\u00e8re \u00e9tape. <br>La brute trouva ce qu&rsquo;il cherchait. Il tendit \u00e0 sa captive une vanneri&#8230;  un&#8230; r\u00e9cipient ? plein d&rsquo;une poudre blanch\u00e2tre. Judith y jeta un oeil circonspect.<br>\u00ab\u00a0Farine ?<br>&#8211; Farine.<br>&#8211; Bon, on va commencer par la rendre comestible. Passoire ?<br>&#8211; Passoire.\u00a0\u00bb<br>Judith passa la farine. Elle se retrouva avec un tas de farine et un monticule de chiures et de cadavres de mites. \u00ab\u00a0Beuah. Je vais jeter \u00e7a.\u00a0\u00bb Elle prit la jatt&#8230; le truc, l\u00e0, plein de farine \u00e0 peu pr\u00e8s propre, et franchit la porte. Non, elle ne se mit pas \u00e0 courir. Elle a une entorse et le gaillard court vite. Non. Elle jeta prestement la farine et la rempla\u00e7a par la poudre blanche qu&rsquo;elle avait vu pr\u00e9c\u00e9demment. Et elle balan\u00e7a aussi les cadavres avec une grimace de d\u00e9go\u00fbt. Deuxi\u00e8me \u00e9tape.<br>Puis elle rentra. Enfin, elle rentra surtout dans le bide de la brute, qui avait imagin\u00e9 que sa proie avait pris la poudre d&rsquo;escampette et s&rsquo;\u00e9tait \u00e9lanc\u00e9 pour lui courir apr\u00e8s. Et non, mon grand, elle n&rsquo;a pas pris cette poudre-l\u00e0. Il se trouv\u00e8rent donc tous deux les fesses \u00e0 terre : \u00ab\u00a0Mais fais gaffe, tudieu, j&rsquo;ai failli renverser. T&rsquo;imagine j&rsquo;aurai port\u00e9 de l&rsquo;eau ? On serait bien, tiens. Allez, aide-moi. Mets-toi l\u00e0. Plonge tes mains l\u00e0-dedans, je vais mettre de l&rsquo;eau, il faut que tu p\u00e9trisses.<br>&#8211; Du pain&#8230;<br>&#8211; Oui, enfin&#8230; Ca va \u00eatre super. Avec un peu d&rsquo;eau, \u00e7a va \u00eatre chaud chaud chaud !<br>&#8211; On ne met pas de sel ?<br>&#8211; Hein ? Non, y&rsquo;a pas besoin d&rsquo;une solution ioniq&#8230; Aaaaaah, du sel ! Si si si, du sel ! Excellente id\u00e9e. Du sel. Il est ?<br>&#8211; Sur l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re.<br>&#8211; La quoi ?<br>&#8211; La planchette au-dessus de ta t\u00eate.<br>&#8211; Voil\u00e0. Une bonne dose de bon sel, dit-elle en vidant le pot all\u00e8grement.<br>&#8211; Y&rsquo;en a pas trop ?<br>&#8211; Non non, au pire on en retirera. Allez, tu es pr\u00eat ? Je verse l&rsquo;eau.<br>&#8211; Tiens, c&rsquo;est marrant, \u00e7a fait des bulles.<br>&#8211; Oui, hein, c&rsquo;est rigolo. C&rsquo;est l&rsquo;air de la poudre qui s&rsquo;en va au travers de l&rsquo;eau. P\u00e9tris, p\u00e9tris.<br>&#8211; Dis donc, c&rsquo;est tout doux.<br>&#8211; Oui, c&rsquo;est l&rsquo;hydratation du carbonate de&#8230;<br>&#8211; Dis donc, c&rsquo;est moi ou \u00e7a chauffe ?<br>&#8211; Oui, c&rsquo;est normal, c&rsquo;est la levure qui travaille.<br>&#8211; La levure ? Mais on n&rsquo;a pas mis de aaaaaaaah ! Ca br\u00fb\u00fb\u00fb\u00fble !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et l&rsquo;ours sortit les mains du m\u00e9lange bouillonnant en criant. Elles \u00e9taient encore couvertes de chaux, et il les secoua pour s&rsquo;en d\u00e9barrasser. Judith s&rsquo;abrita vite sous la table. L&rsquo;ours hurlait. Et projetait des gouttes de chaux br\u00fblante un peu partout, y compris sur son visage, qu&rsquo;il voulu s&rsquo;essuyer. Avec ses mains. Pleines de chaux, donc. Hurlements pires. Bruits de choses qui tombent. L&rsquo;ours se d\u00e9bat, constatait Judith de sous la table.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous a-t-on d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de la praticit\u00e9 de l&rsquo;eau courante ? Une invention formidable. Bien pratique quand, par exemple, on se br\u00fble. Hop, sous l&rsquo;eau courante le temps que \u00e7a se calme. Ou quand on a les mains pleines de salet\u00e9. Hop, sous l&rsquo;eau courante et tout propre ! Formidable. C&rsquo;est dommage d&rsquo;avoir \u00e0 aller chercher de l&rsquo;eau \u00e0 la rivi\u00e8re sous pr\u00e9texte qu&rsquo;on est un trappeur dans une cabane au fond des bois. Surtout quand on n&rsquo;arrive pas \u00e0 ouvrir la porte, vu que les mains br\u00fblent.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Mais Judith, dans son infinie bont\u00e9, ouvrit cette fameuse porte. Et la lui claqua au nez pour s&rsquo;enfuir en boitillant.<br>Libre. Judith \u00e9tait libre ! Elle prit une profonde inspiration. Avec les occupations qu&rsquo;elle lui pr\u00e9voyait, quand son ravisseur aura le temps de s&rsquo;occuper d&rsquo;elle, elle sera d\u00e9j\u00e0 loin ! Chez elle, m\u00eame ! Plus qu&rsquo;\u00e0 rentrer \u00e0 la maison. Il suffit d&rsquo;aller par l\u00e0. Enfin, je crois que c&rsquo;est par l\u00e0. Il faut monter la pente ou la descendre ? La prendre en travers ? Tous ces arbres, vraiment, \u00e7a bouche l&rsquo;horizon. Personne ne fait donc l&rsquo;entretien, dans cette for\u00eat ? Au bout d&rsquo;un moment, Judith s&rsquo;arr\u00eata un instant : \u00ab\u00a0Ce paysage me dit quelque chose&#8230; Je ne dois plus \u00eatre loin\u00a0\u00bb. Et de plus tr\u00e8s loin en plus tr\u00e8s loin, de sc\u00e8ne qui lui disaient quelque chose en lieux qu&rsquo;elle trouvait familiers, de plus en plus familiers, le jour d\u00e9clina, et la nuit chut mollement sur la for\u00eat indiff\u00e9rente.<br>\u00ab\u00a0Jean-foutre de rapiat d&rsquo;apothicaire de bar-tabac ! Je te jure que si je retrouve cet empaff\u00e9 de chemin, je te ferai regretter ce que tu m&rsquo;as fait jusqu&rsquo;\u00e0 ce que tu aies fini de griller au fond d&rsquo;un creuset qui colle au fond.\u00a0\u00bb<br>Et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, Judith se laissa choir le long du mur. Le long du mur. Le long du mur ? Attends&#8230; Ca veut dire que j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 sortir de&#8230; Mais&#8230; Une goutte de sueur glac\u00e9e lui courut le long du dos, d&rsquo;ici \u00e0 l\u00e0, voir figure 2. Ce tas de poudre blanche abandonn\u00e9 au sol. Ce vantail branlant. Ce toit trop bas. Oh non. Dis-moi pas que c&rsquo;est pas vrai. Sa respiration se fit haletante. Non. Non non non non non, c&rsquo;est pas possible ! <br>H\u00e9las si. Apr\u00e8s avoir tourn\u00e9 des heures dans cette for\u00eat, Judith avait r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater pile devant la masure du trappeur dont elle venait de s&rsquo;\u00e9chapper. Elle eut un sanglot. Elle prit une grande bouff\u00e9e de cet air plein de libert\u00e9, et se r\u00e9solu \u00e0 entrer. Elle s&rsquo;attendait \u00e0 trouver un b\u00eate furieuse, rouge de col\u00e8re et de rage. Elle trouva un animal bless\u00e9, path\u00e9tique et d\u00e9fait.<br><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai faim, dit-elle.<br>&#8211; J&rsquo;ai mal, lui r\u00e9pondit-on.<br>&#8211; Aussi.<br>&#8211; Aussi.<br>&#8211; On mange quoi ?<br>&#8211; Tu n&rsquo;as jamais ne serait-ce que cuit un oeuf ?<br>&#8211; Non.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il montra ses mains. Elles \u00e9taient maladroitement empaquet\u00e9es dans des chiffons crasseux.<br>\u00ab\u00a0Oh. Pour les rincer, \u00e7a s&rsquo;est pass\u00e9&#8230;<br>&#8211; Pipi.<br>&#8211; Oui. Effectivement. Et pour ouvrir le pantalon, tu as&#8230;\u00a0\u00bb<br>La brute \u00e9tait cul nu, tant ses chausses \u00e9taient trou\u00e9es.<br>\u00ab\u00a0Oui, \u00e7a br\u00fble aussi le tissu, hein ? Touch\u00e9-br\u00fbl\u00e9. Et pour la figure ?<br>&#8211; Gros pipi.<br>&#8211; Je vois. Et donc, avec tes gants de boxe, l\u00e0, c&rsquo;est pas pratique, c&rsquo;est \u00e7a ? Du coup, au menu c&rsquo;est ?\u00a0\u00bb<br>D&rsquo;un coup de menton, il d\u00e9signa le sol.<br>\u00ab\u00a0Je ne comprends pas.<br>&#8211; Sp\u00e9cialit\u00e9 du jour.<br>&#8211; Oh. Int\u00e9ressant. C&rsquo;est quoi ?<br>&#8211; Des cailloux \u00e0 la sauce terre.<br>&#8211; Excellent. Et bien, apr\u00e8s cette bombance, mon cher h\u00f4te, je vais prendre mes quartiers. Bonne nuit !\u00a0\u00bb<br><\/p>\n\n\n\n<p>Et, trop loin de cette touchante sc\u00e8ne de retrouvailles pour s&rsquo;en sentir concern\u00e9s, les oiseaux, scolopendres et autres cloportes entendirent un \u00ab\u00a0aaaaaaaaaah ! Mais \u00e7a fait mal !\u00a0\u00bb suivi d&rsquo;un \u00ab\u00a0boum\u00a0\u00bb et d&rsquo;une cavalcade. Remontons la rivi\u00e8re pour retrouver la source de cette gaie symphonie : Hyacinthe qui \u00e9tait en grande n\u00e9gociation avec un cochon. Oui, le sanglier avait choisi les boules glac\u00e9es plut\u00f4t que le fromage de pieds, ce qui avait r\u00e9veill\u00e9 Hyacinthe, qui s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 hurler qu&rsquo;on lui bouffait les bijoux de famille, ce qui avait fait peur au sanglier, qui \u00e9tait donc parti en courant tout droit, c&rsquo;est \u00e0 dire pile sur la t\u00eate de Hyacinthe, qu&rsquo;il avait donc abondamment pi\u00e9tin\u00e9e et replong\u00e9e dans la fange du ruisseau. <br><\/p>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Ben allez, entre, tourterelle, quoi.\u00a0\u00bbJudith pesta : \u00ab\u00a0Gnemini, bloubeuleu fleu greugneu graaaaa !\u00a0\u00bb&#8211; Ah oui, c&rsquo;est vrai, tu es attach\u00e9e. 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