{"id":435,"date":"2024-12-18T17:00:09","date_gmt":"2024-12-18T16:00:09","guid":{"rendered":"http:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/?p=435"},"modified":"2024-12-18T17:00:09","modified_gmt":"2024-12-18T16:00:09","slug":"une-histoire-alambiquee-9","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/2024\/12\/18\/une-histoire-alambiquee-9\/","title":{"rendered":"Une histoire alambiqu\u00e9e 9"},"content":{"rendered":"\n\t\t\t\t\n<p>\u00ab\u00a0Salet\u00e9 de cristallisation de scoumoune pure \u00e0 la manque !\u00a0\u00bb jura Judith en claquant la porte du laboratoire. Elle tournait sur elle-m\u00eame, furieuse et enrag\u00e9e, comme un renard pris au pi\u00e8ge. Hyacinthe, doucement, lui posa la main sur l&rsquo;\u00e9paule, puis la serra dans ses bras. Ses griffes d&rsquo;orgueil c\u00e9d\u00e8rent d\u2019un coup, et elle \u00e9clata en sanglots : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai peur, j&rsquo;ai peur, j&rsquo;ai tellement peur&#8230; Je m&rsquo;en veux, tu sais, de t&rsquo;avoir embarqu\u00e9 l\u00e0-dedans<br>&#8211; Gn&rsquo;udith, calme-toi. C&rsquo;est moi qui ne t&rsquo;ai pas \u00e9cout\u00e9e et qui t&rsquo;ai mise sur le mauvais chemin. Gne propose de dire que ce n&rsquo;est pas notre faute \u00e0 nous.\u00a0\u00bb<br>Judith essuya ses joues d&rsquo;un revers de main. \u00ab\u00a0Mettons. Mais va te laver quand m\u00eame le temps que je te pr\u00e9pare quelque chose \u00e0 manger.\u00a0\u00bb<br>Et en ce d\u00e9but de soir\u00e9e, Hyacinthe et Judith jouirent d&rsquo;un instant de tranquillit\u00e9 domestique. Hyacinthe observait son amie. Il se dit qu\u2019elle n&rsquo;avait pas du tout le physique de son esprit. Ou l&rsquo;esprit de son physique. Enfin bref, c&rsquo;\u00e9tait dissonant. Car malgr\u00e9 son esprit acerbe et ses r\u00e9pliques assassines, Judith avait le regard le plus doux qu&rsquo;on puisse imaginer. On n&rsquo;y pouvait voir aucune animosit\u00e9 envers qui que ce soit, et quand elle vous regardait calmement, vous vous sentiez envahi d&rsquo;un bien-\u00eatre agr\u00e9able comme un rayon de soleil qui vous caresse le corps. Cette douceur \u00e9tait affich\u00e9e sur son visage. Nulle pommette saillante, nulle m\u00e2choire pro\u00e9minente ne venait troubler les tendres courbes de son sourire. <br> Il \u00e9tait encore dans sa b\u00e9atitude contemplative quand la voix de Judith le ramena sur terre : \u00ab\u00a0Et tu le connais, toi, le marquis de Casse Rapace ? \u00ab\u00a0<br> <br>Hyacinthe grima\u00e7a.<br>\u00ab Cabistan. Benoist Cabistan.<br>&#8211; Oui, bon, tu m&rsquo;as comprise. On sait de quel bonhomme il s&rsquo;agit ?<br>&#8211; H\u00e9las, sa r\u00e9putation n&rsquo;est pas tr\u00e8s bonne. \u00bb<br>Judith plissa les yeux.<br>\u00ab  Avant de parler de sa r\u00e9putation on va parler du gar\u00e7on. \u00c2ge ?<br>&#8211; Gn&rsquo;ai pas son extrait d&rsquo;acte de naissance, mais il doit avoir dans les 35 ans&#8230; N\u00e9anmoins on raconte qu&rsquo;il garde dans son ch\u00e2teau un tableau qui&#8230;<br>&#8211; Oui oui. Taille ?<br>&#8211; On dit qu&rsquo;il n&rsquo;est pas tr\u00e8s grand. Mais il compense par une immense&#8230;<br>&#8211; Oui oui. Corpulence ?<br>&#8211; Gros. Il est gros. Il a sur lui les stigmates du p\u00e9ch\u00e9 de gourmand&#8230;<br>&#8211; Oui oui.<br>&#8211; Mais tu vas me laisser en placer une ? <br>&#8211; &#8230; Oui oui.<br>&#8211; &#8230;<br>&#8211; Bon, ben si tu n&rsquo;as rien \u00e0 dire : il vit seul ?<br>&#8211; L\u00e9galement il est c\u00e9libataire, mais tous les soirs, dans les quartiers mal&#8230;<br>&#8211; D&rsquo;accord. D&rsquo;o\u00f9-ce que tu le connais ?<br>&#8211; Ben, gne sors de ma cambrousse, des fois, moi&#8230;\u00a0\u00bb<br>Judith accusa le coup.<br>\u00ab\u00a0Pendant qu&rsquo;il y en a qui suent sang et eau sur l&rsquo;autel de la science, y&rsquo;en a qui courent les mondanit\u00e9s. Au final l&rsquo;un a besoin de l&rsquo;autre. Bon, maintenant que j\u2019ai sa carcasse en t\u00eate, pr\u00e9sente-moi son fond de commerce. \u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Cet homme-l\u00e0 est l&rsquo;incarnation des p\u00e9ch\u00e9s capitaux. Gourmandise : il bouffe et boit autant qu&rsquo;il le peut. Luxure : il entretient des malheureuses pourvu qu&rsquo;elles satisfassent ses perversit\u00e9s. Avarice : son peuple est exsangue tant il l\u00e8ve d&rsquo;imp\u00f4ts. Orgueil : il passe ses gnourn\u00e9es \u00e0 manigancer pour se faire couronner. Paresse : la derni\u00e8re fois qu&rsquo;on l&rsquo;a vu \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement, c&rsquo;\u00e9tait pour faire ferrer son cheval. La col\u00e8re : ses prisons sont pleines et le bourreau n&rsquo;a pas assez de bras pour les vider par le fer. L&rsquo;envie : et malgr\u00e9 cette vie de pacha, il veut encore \u00e9tendre sa domination. Il est fat, gredin et \u00e9go\u00eeste.<br>&#8211; Charmant programme. Et c&rsquo;est avec \u00e7a qu&rsquo;on doit \u00eatre plus heureux. Idiot ?<br>&#8211; Possiblement.\u00a0\u00bb<br>Judith sourit avec une \u00e9tincelle dans les yeux. Elle proph\u00e9tisa :<br>\u00ab\u00a0C&rsquo;est un d\u00e9faut qui peut lui corriger tous les autres, \u00e7a&#8230;<br>&#8211; Probablement. Dis-moi, tu as demand\u00e9 \u00e0 la ch\u00e2telaine de trouver un tailleur&#8230;<br>&#8211; Oui ?<br>&#8211; Si elle va \u00e0 \u00ab\u00a0Au fil du taon\u00a0\u00bb, le tailleur du bourg, je ne suis pas certain-certain du r\u00e9sultat. C&rsquo;est pas que gne cherche \u00e0 tailler un costard \u00e0 un honn\u00eate artisan, hein, mais vu les \u00e9toffes qu\u2019il manie, on va avoir plus de guenilles que de gala. <br>&#8211; La Dutilleul et moi ne sommes pas tr\u00e8s vers\u00e9es dans l&rsquo;art des fanfreluches. Si tu as une proposition&#8230;<br>&#8211; Oh, je n&rsquo;oserai pas&#8230; rougit-il.\u00a0\u00bb<br>Judith \u00e9tait fine. Non, pas comme \u00e7a. Enfin, comme \u00e7a aussi, mais ce n&rsquo;est pas le sujet. Elle \u00e9tait psychololo&#8230; Psychopomp&#8230;Psych\u00e9d\u00e9li&#8230; fut\u00e9e. Elle \u00e9tait fut\u00e9e.<br>\u00ab\u00a0Tu as envie de l&rsquo;habiller pour l&rsquo;occasion ?<br>&#8211; J&rsquo;ai surtout envie de faire ce que je peux pour sauver mon amie du b\u00fbcher.<br>&#8211; Vas-y, alors.<br>&#8211; Merci. Je vais y aller, alors.\u00a0\u00bb<br>Hyacinthe n&rsquo;\u00e9tait pas f\u00e2ch\u00e9 de sa fa\u00e7on spirituelle de prendre cong\u00e9. Il encha\u00eena : <br>\u00ab\u00a0Je vais d\u00e9barrasser avant de rentrer chez moi.<br>&#8211; Non non, Hyacinthe, je vais le faire. Reste assis. Ta migraine&#8230;<br>&#8211; Merci, c&rsquo;est gentil.\u00a0\u00bb<br>Judith empila les assiettes et prit le broc d&rsquo;eau. Mais au moment de partir vers la cuisine, elle donna un grand coup de pied dans la table. Un de ces trucs qui vous retourne les nerfs. Alors qu&rsquo;elle l\u00e2chait la vaisselle pour se tenir ce foutu petit orteil dans une bord\u00e9e de jurons, une assiette se lib\u00e9ra de la pile et vint s&rsquo;\u00e9chouer contre le nez de Hyacinthe. Judith s&rsquo;arr\u00eata dans son mouvement pour porter secours \u00e0 son h\u00f4te : \u00ab\u00a0Oh pardon, quelle maladroite je suis ! Oh, d\u00e9sol\u00e9e ! Ca va ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir-l\u00e0, devant le miroir de sa penderie, au ch\u00e2teau : \u00ab\u00a0Je ne comprends pas. Je la trouve tr\u00e8s bien, moi, cette vareuse. Je l&rsquo;avais mise pour le mariage de mon fr\u00e8re. Pour son enterrement aussi, d&rsquo;ailleurs.\u00a0\u00bb<br><\/p>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Salet\u00e9 de cristallisation de scoumoune pure \u00e0 la manque !\u00a0\u00bb jura Judith en claquant la porte du laboratoire. Elle tournait sur elle-m\u00eame, furieuse et enrag\u00e9e, comme un renard pris au pi\u00e8ge. Hyacinthe, doucement, lui posa la main sur l&rsquo;\u00e9paule, puis la serra dans ses bras. 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