{"id":516,"date":"2024-12-22T09:34:47","date_gmt":"2024-12-22T08:34:47","guid":{"rendered":"http:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/?p=516"},"modified":"2024-12-22T09:34:47","modified_gmt":"2024-12-22T08:34:47","slug":"une-histoire-alambiquee-12","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/2024\/12\/22\/une-histoire-alambiquee-12\/","title":{"rendered":"Une histoire alambiqu\u00e9e 12"},"content":{"rendered":"\n\t\t\t\t\n<p>\u00ab\u00a0Allez, Judith, on s&rsquo;enfuira sur la route.<br>&#8211; Par piti\u00e9, Hyacinthe, je sais que ta migraine joue du tambour sur tes m\u00e9ninges, mais regarde : on est aux bons soins de ces trois malandrins, l\u00e0. Tu vois le sol bouger quand tu marches, et moi j&rsquo;ai des b\u00e9quilles. \u00c7a serait l&rsquo;\u00e9vasion la plus pitoyable depuis les \u00eeles Ca\u00efman.<br>&#8211; Gn&rsquo;ai pas compris.<br>&#8211; C&rsquo;est normal, c&rsquo;est pas de notre niveau social. N\u00e9anmoins nous sommes dans une posture dont l&rsquo;inconfort commence s\u00e9rieusement \u00e0 me g\u00eaner aux entournures. Il se pointe quand, le bell\u00e2tre ?<br>&#8211; De qui tu parles ?<br>&#8211; Du bell\u00e2tre.<br>&#8211; ?<br>&#8211; Du Kardashian.<br>&#8211; Cabistan. Il s&rsquo;appelle Cabistan, corrigea Hyacinthe.<br>&#8211; Peu importe. Du ben\u00eat, quoi.<br>&#8211; Du Benoist, qu\u00e9 !, re corrigea re Hya&#8230; le m\u00eame.<br>&#8211; S\u00e9rieux pas en public, \u00e7a pue !<br>&#8211; Hein ?<br>&#8211; Les contrepets, c&rsquo;est comme les enfants : on ne supporte que les siens ! Bref, il nous reste ?<br>&#8211; Quatre gnours.<br>&#8211; Je n&rsquo;aime pas. Personnellement, je me contretamponne de la politique g\u00e9n\u00e9rale. Ces histoires de famille et de qui g\u00e8re les terres de qui me d\u00e9passent totalement. Mais. Par un coup du sort dont, personnellement, je me serai bien pass\u00e9e et dont je ne te tiens ABSOLUMENT pas pour responsable&#8230; Je te taquine, arr\u00eate de trembler comme \u00e7a, on dirait un mouton&#8230; Arr\u00eate de trembler comme \u00e7a, on dirait un mouton ?\u00a0\u00bb<br>Judith semblait avoir mis le doigt sur quelque chose qui la tracassait. Sa cervelle avait but\u00e9 sur quelque chose et en tirait les cons\u00e9quences. Du coup, elle \u00e9tait l\u00e0, bouche b\u00e9e, le regard dans le vague mais les yeux toujours sur&#8230;<br>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que gn&rsquo;ai fait, encore ?\u00a0\u00bb<br>Et Judith partit le plus rapidement qu&rsquo;elle put, cahin-caha sur ses b\u00e9quilles. D&rsquo;un peu plus loin, elle hurla : \u00ab\u00a0T&rsquo;aurais pas pu avoir la frousse plus t\u00f4t ?\u00a0\u00bb<br>Et s&rsquo;adressant aux malabars : \u00ab\u00a0Allons chercher Magloire !\u00a0\u00bb<br>Surpris, les trouffions tir\u00e8rent leur arme, et la brandissant vers le ciel, reprirent le cri : \u00ab\u00a0Allons chercher sa gloire !\u00a0\u00bb<br>Judith s&rsquo;arr\u00eata un instant : \u00ab\u00a0Bon, ben ce qui est s\u00fbr, au moins, c&rsquo;est qu&rsquo;on ne pourra pas sauver tout le monde&#8230;\u00a0\u00bb<br>On mit Judith l&rsquo;estropi\u00e9e dans une carriole de terrassier, qu&rsquo;on attela \u00e0 Pompon. Il fallu \u00e0 l&rsquo;alchi&#8230; la chim&#8230; la sorc&#8230; la seule femme de cette \u00e9quip\u00e9e, toute sa force, et de caract\u00e8re et physique, pour rester dedans. Le moindre cahot la faisait valdinguer de gauche \u00e0 devant et de haut \u00e0 droite. N\u00e9anmoins Judith et Hyacinthe voulaient voyager dans une ambiance joyeuse et cherchaient \u00e0 d\u00e9tendre, \u00e0 d\u00e9faut des muscles, l&rsquo;atmosph\u00e8re. Judith, par exemple, lan\u00e7a : \u00ab\u00a0Pourquoi la potasse n&rsquo;est-elle pas si dangereuse ?<br>&#8211; &#8230; <br>&#8211; Parce que c&rsquo;est un truc assez basique ! Ha, ha, ha, elle est excellente ! Elle me bidonne \u00e0 chaque fois.\u00a0\u00bb<br>Hyacinthe sourit. La soldatesque ne sourit pas.<br>\u00ab\u00a0\u00c0 moi, \u00e0 moi !, sautillait Hyacinthe. Pourquoi les couturiers font-ils d&rsquo;excellents enqu\u00eateurs ?<br>&#8211; Ah, je ne savais pas, dit Judith.<br>&#8211; Parce qu&rsquo;ils sont habitu\u00e9s \u00e0 suivre des fils jusqu&rsquo;au bout.\u00a0\u00bb<br>Judith rit. La soldatesque ne rit pas.<br>\u00ab\u00a0Et celle-l\u00e0, celle-l\u00e0 : quelle est la diff\u00e9rence entre un apothicaire et un alchimiste ?<br>&#8211; Ah ben tiens, c&rsquo;est vrai, \u00e7a, je ne me suis jamais pos\u00e9 la question.<br>&#8211; L&rsquo;apothicaire tue les gens un par un !<br>&#8211; R\u00f4\u00f4\u00f4\u00f4h, Judith, t&rsquo;es b\u00eate&#8230;\u00a0\u00bb<br>Hyacinthe \u00e9clata de rire. La soldatesque \u00e9clata de g\u00eane. N\u00e9anmoins ils tirent un rapide conciliabule. Quelques instants plus tard, un \u00e9missaire vint \u00e0 leur rencontre :<br>\u00ab\u00a0On n&rsquo;a pas vraiment l&rsquo;habitude avec la patronne, mais on aimerait bien essayer aussi. On aimerait vous proposer celle-l\u00e0 : qu&rsquo;est-ce qui est vert et qui a une cape ?\u00a0\u00bb<br>Hyacinthe et Judith \u00e9chang\u00e8rent des regards interrogatifs.<br>\u00ab\u00a0Robin des bois ?\u00a0\u00bb La r\u00e9ponse n&rsquo;\u00e9tait pas attendue. Il y eut un rapide conciliabule : \u00ab\u00a0On pense que cette r\u00e9ponse n&rsquo;est pas acceptable. La r\u00e9ponse est :\u00a0\u00bb<br>L&rsquo;\u00e9missaire s&rsquo;\u00e9claircit la gorge :<br>\u00ab\u00a0Super poireau.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Allez, Judith, on s\u2019enfuira sur la route.<br>\u2013 Par piti\u00e9, Hyacinthe, je sais que ta migraine joue du tambour sur tes m\u00e9ninges, mais regarde : on est aux bons soins de ces trois malandrins, l\u00e0. Tu vois le sol bouger quand tu marches, et moi j\u2019ai des b\u00e9quilles. \u00c7a serait l\u2019\u00e9vasion la plus pitoyable depuis les \u00eeles Ca\u00efman.<br>\u2013 Gn\u2019ai pas compris.<br>\u2013 C\u2019est normal, c\u2019est pas de notre niveau social. N\u00e9anmoins nous sommes dans une posture dont l\u2019inconfort commence s\u00e9rieusement \u00e0 me g\u00eaner aux entournures. Il se pointe quand, le bell\u00e2tre ?<br>\u2013 De qui tu parles ?<br>\u2013 Du bell\u00e2tre.<br>\u2013 ?<br>\u2013 Du Kardashian.<br>\u2013 Cabistan. Il s\u2019appelle Cabistan, corrigea Hyacinthe.<br>\u2013 Peu importe. Du ben\u00eat, quoi.<br>\u2013 Du Benoist, qu\u00e9 !, re corrigea re Hya\u2026 le m\u00eame.<br>\u2013 S\u00e9rieux pas en public, \u00e7a pue !<br>\u2013 Hein ?<br>\u2013 Les contrepets, c\u2019est comme les enfants : on ne supporte que les siens ! Bref, il nous reste ?<br>\u2013 Quatre gnours.<br>\u2013 Je n\u2019aime pas. Personnellement, je me contretamponne de la politique g\u00e9n\u00e9rale. Ces histoires de famille et de qui g\u00e8re les terres de qui me d\u00e9passent totalement. Mais. Par un coup du sort dont, personnellement, je me serai bien pass\u00e9e et dont je ne te tiens ABSOLUMENT pas pour responsable\u2026 Je te taquine, arr\u00eate de trembler comme \u00e7a, on dirait un mouton\u2026 Arr\u00eate de trembler comme \u00e7a, on dirait un mouton ?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Judith semblait avoir mis le doigt sur quelque chose qui la tracassait. Sa cervelle avait but\u00e9 sur quelque chose et en tirait les cons\u00e9quences. Du coup, elle \u00e9tait l\u00e0, bouche b\u00e9e, le regard dans le vague mais les yeux toujours sur\u2026<br>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que gn\u2019ai fait, encore ?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et Judith partit le plus rapidement qu\u2019elle put, cahin-caha sur ses b\u00e9quilles. D\u2019un peu plus loin, elle hurla : \u00ab&nbsp;T\u2019aurais pas pu avoir la frousse plus t\u00f4t ?&nbsp;\u00bb<br>Et s\u2019adressant aux malabars : \u00ab&nbsp;Allons chercher Magloire !&nbsp;\u00bb<br>Surpris, les trouffions tir\u00e8rent leur arme, et la brandissant vers le ciel, reprirent le cri : \u00ab&nbsp;Allons chercher sa gloire !&nbsp;\u00bb<br>Judith s\u2019arr\u00eata un instant : \u00ab&nbsp;Bon, ben ce qui est s\u00fbr, au moins, c\u2019est qu\u2019on ne pourra pas sauver tout le monde\u2026&nbsp;\u00bb<br>On mit Judith l\u2019estropi\u00e9e dans une carriole de terrassier, qu\u2019on attela \u00e0 Pompon. Il fallu \u00e0 l\u2019alchi\u2026 la chim\u2026 la sorc\u2026 la seule femme de cette \u00e9quip\u00e9e, toute sa force, et de caract\u00e8re et physique, pour rester dedans. Le moindre cahot la faisait valdinguer de gauche \u00e0 devant et de haut \u00e0 droite. N\u00e9anmoins Judith et Hyacinthe voulaient voyager dans une ambiance joyeuse et cherchaient \u00e0 d\u00e9tendre, \u00e0 d\u00e9faut des muscles, l\u2019atmosph\u00e8re. Judith, par exemple, lan\u00e7a : \u00ab&nbsp;Pourquoi la potasse n\u2019est-elle pas si dangereuse ?<br>\u2013 \u2026<br>\u2013 Parce que c\u2019est un truc assez basique ! Ha, ha, ha, elle est excellente ! Elle me bidonne \u00e0 chaque fois.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Hyacinthe sourit. La soldatesque ne sourit pas.<br>\u00ab&nbsp;\u00c0 moi, \u00e0 moi !, sautillait Hyacinthe. Pourquoi les couturiers font-ils d\u2019excellents enqu\u00eateurs ?<br>\u2013 Ah, je ne savais pas, dit Judith.<br>\u2013 Parce qu\u2019ils sont habitu\u00e9s \u00e0 suivre des fils gnusqu\u2019au bout.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Judith rit. La soldatesque ne rit pas.<br>\u00ab&nbsp;Et celle-l\u00e0, celle-l\u00e0 : quelle est la diff\u00e9rence entre un apothicaire et un alchimiste ?<br>\u2013 Ah ben tiens, c\u2019est vrai, \u00e7a, gne ne me suis jamais pos\u00e9 la question.<br>\u2013 L\u2019apothicaire tue les gens un par un !<br>\u2013 R\u00f4\u00f4\u00f4\u00f4h, Gnudith, t\u2019es b\u00eate\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Hyacinthe \u00e9clata de rire. La soldatesque \u00e9clata de g\u00eane. N\u00e9anmoins ils tirent un rapide conciliabule. Quelques instants plus tard, un \u00e9missaire vint \u00e0 leur rencontre :<br>\u00ab&nbsp;On n\u2019a pas vraiment l\u2019habitude avec la patronne, mais on aimerait bien essayer aussi. On aimerait vous proposer celle-l\u00e0 : qu\u2019est-ce qui est vert et qui a une cape ?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Hyacinthe et Judith \u00e9chang\u00e8rent des regards interrogatifs.<br>\u00ab&nbsp;Robin des bois ?&nbsp;\u00bb Cette r\u00e9ponse n\u2019\u00e9tait pas attendue. Il y eut un rapide conciliabule : \u00ab&nbsp;On pense que cette r\u00e9ponse n\u2019est pas acceptable. La r\u00e9ponse est :&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9missaire s\u2019\u00e9claircit la gorge :<br>\u00ab&nbsp;Super poireau.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai pas compris, dit Judith.<br>\u2013 Moi non plus, dit Hyacinthe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;De toute fa\u00e7on, \u00e0 chaque fois qu\u2019on \u00e9voque les poireaux, il y a du blanc.<br>\u2013 En m\u00eame temps c\u2019est logique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0. Douze tirades pour amener cette vanne. Qui fait chou blanc. Comme le poireau. Un soldat se mit \u00e0 mimer le l\u00e9gume, poing en avant. \u00ab&nbsp;Supeeer poireau !\u2026. non ?&nbsp;\u00bb<br>\u00c0 cette \u00e9poque en effet, le nouveau continent n\u2019\u00e9tait pas encore d\u00e9couvert. La cape \u00e9tait donc encore un lourd manteau d\u2019hiver, et les collants toujours un sous-v\u00eatement. Heureusement quelqu\u2019un proposa :<br>\u00ab&nbsp;\u00c0 moi, \u00e0 moi! Le comte demande \u00e0 son espion : pouvez-vous garder un secret jusqu\u2019\u00e0 la mort ? Le type r\u00e9pond : Bien s\u00fbr, sire, et m\u00eame apr\u00e8s.<br>\u2013 Elle n\u2019est pas mal.<br>\u2013 N\u2019est-ce pas ? J\u2019ai celle-ci, aussi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et tout en racontant son histoire impliquant un habitant du comt\u00e9 voisin, deux pr\u00eatres et un tisonnier, le type grimpa dans la carriole. On riait, on riait.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon. Dans l\u2019ambiance et au d\u00e9tour de la route, Pompon partir au trot. Oui, un ajustement de position malheureux des passagers avait fait claquer les r\u00eanes, semblait-il. \u00c7a arrive. Il ne faut pas voir le mal partout.<\/p>\n\n\n\n<p>Hyacinthe, derri\u00e8re, se bidonnait avec les bidasses. Il \u00e9tait en train de leur faire une interpr\u00e9tation assez ridicule de \u00ab&nbsp;Le grand Quinquin&nbsp;\u00bb avec force d\u00e9hanch\u00e9s, quand il eut un d\u00e9clic. La carriole avait disparu derri\u00e8re le tournant. Il compta : \u00ab&nbsp;Une, deux, trois bidasses, moi \u00e7a fait quatre, Judith \u00e7a fait cinq\u2026 On est au complet. Alors qui est le type avec elle dans la carriole ? Houoh p\u00e9tard !&nbsp;\u00bb Il partit comme un d\u00e9rat\u00e9 vers la carriole en sifflant.<\/p>\n\n\n\n<p>Entendant le sifflet, Pompon tourna les oreilles de fa\u00e7on charmante et comique, mais malheureusement aucun spectateur n\u2019\u00e9tait en mesure de profiter de l\u2019instant. Malgr\u00e9 la vitesse qu\u2019on lui avait fait prendre, il s\u2019arr\u00eata net dans un crissement de sabots et une gerbe de graviers dignes des meilleurs drifts. Les voyageurs perdirent l\u2019\u00e9quilibre et ce furent eux qui se retrouv\u00e8rent les quatre fers en l\u2019air. On entendit le cri de Hyacinthe : \u00ab&nbsp;Judith, le type, l\u00e0, il n\u2019est pas de chez nous !&nbsp;\u00bb, ce qui est un peu raciste, mais personne ne releva.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la route et un peu plu loin, une voiture, rapide et l\u00e9g\u00e8re, \u00e9tait sur le bas-c\u00f4t\u00e9, attel\u00e9e \u00e0 un cheval fougueux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On enl\u00e8ve Judith !&nbsp;\u00bb, hurla le couturier \u00e0 l\u2019intention des bidasses, qui lui embo\u00eet\u00e8rent le pas. Enfin, deux seulement. Le troisi\u00e8me s\u2019\u00e9quipa d\u2019un arc, du type \u00e0 envoyer des bouts de bois pointus assez loin, et visa.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans la carriole, on vit Judith se lever dans un juron : \u00ab&nbsp;Enfoir\u00e9 d\u2019espion \u00e0 la cyanoacrylate ! Prends \u00e7a, c\u2019est du dissolvant, pot de colle !&nbsp;\u00bb. Bruit de choses qui se brisent. Puis une voix : \u00ab&nbsp;Mais \u00e7a pique !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, juste apr\u00e8s : \u00ab&nbsp;Mais \u00e7a pue !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis plus rien. Quand la folle \u00e9quip\u00e9e arriva \u00e0 la hauteur de la carriole, une main se tendit et dit : \u00ab&nbsp;Corde.<br>\u2013 Oh. Celle-l\u00e0 je la connais : quand un cordier veut sa corde accorder, pour sa corde accorder trois cordons il\u2026<br>\u2013 La ferme. Corde.<br>\u2013 On\u2026on n\u2019a pas de corde.<br>\u2013 Et ton pote, il utilise quoi, sur son arc ?<br>\u2013 Ah oui. Mais c\u2019est quoi, cette odeur ?<br>\u2013 De la tri\u00e8th\u2019. J\u2019ai pris un flacon au hasard, je lui ai cass\u00e9 sur la t\u00eate, c\u2019est tomb\u00e9 sur la tri\u00e9thylamine. \u00c7a pue, hein ? On risque de le sentir arriver pendant quelques jours. Ce monsieur voulait \u00eatre discret et me soustraire. J\u2019\u00e9tais un peu contre sa volont\u00e9. Du coup je suis l\u00e0 et il n\u2019est plus discret.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le cheval fougueux fut promptement fouett\u00e9 et disparut avec son attelage. \u00c0 six, avec Pompon, il \u00e9tait illusoire de le poursuivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils arriv\u00e8rent chez Anselme Magloire vers le d\u00e9but de l\u2019apr\u00e8s-midi. Le soleil \u00e9tait radieux, le vent doux : parfait pour empester. Il toqu\u00e8rent \u00e0 sa porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils attendirent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut Laurent qui ouvrit. Ou Colas. Va savoir, toi. Colas a un grain de beaut\u00e9 sur la fesse droite que n\u2019a pas Laurent, mais c\u2019est pas facile \u00e0 voir quand ils sont en tenue de travail. \u00ab&nbsp;Il faudrait leur faire des pantalons sp\u00e9ciaux&nbsp;\u00bb, pensa Hyacinthe, tandis qu\u2019un l\u00e9ger voile rouge passait rapidement sur son front. Mais bref. Le fils Magloire reconnut la visiteuse, puis se pin\u00e7a le nez dans une grimace. Hyacinthe pensa, d\u00e9courag\u00e9 : \u00ab&nbsp;Ah oui, on pue\u2026&nbsp;\u00bb. Laurent Colas renifla Judith. Elle lan\u00e7a : \u00ab&nbsp;Laurent ?<br>\u2013 Groumpf.<br>\u2013 Ah. Colas, peut-\u00eatre ?<br>\u2013 Groumpf.<br>\u2013 Oui, bon. Dis voir, j\u2019ai deux mots \u00e0 toucher \u00e0 ton p\u00e8re\u2026 Et vous n\u2019auriez pas un autre mouton ?&nbsp;\u00bb<br>Groumpf l\u2019invita \u00e0 entrer, ce qu\u2019elle fit. Hyacinthe s\u2019engouffra \u00e0 sa suite, mais.<br>Boum.<br>Le jumeau, rapide comme le bourreau, lui avait prestement referm\u00e9 l\u2019huis au nez.<\/p>\n\n\n\n<p>La troupe attendit.<\/p>\n\n\n\n<p>Et quelques temps plus tard, Judith ressortit avec un autre paquet sanguinolent, en disant : \u00ab&nbsp;Bon, ben ses bestiaux ont effectivement la tremblante. J\u2019esp\u00e8re pour notre marquis que ce n\u2019est pas contagieux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai pas compris, dit Judith.<br>&#8211; Moi non plus, dit Hyacinthe.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0De toute fa\u00e7on, \u00e0 chaque fois qu&rsquo;on \u00e9voque les poireaux, il y a du blanc.<br>&#8211; En m\u00eame temps c&rsquo;est logique.\u00a0\u00bb<br>Voil\u00e0. Douze tirades pour amener cette vanne. Qui fait chou blanc. Comme le poireau. Un soldat se mit \u00e0 mimer le poireau, poing en avant. \u00ab\u00a0Supeeer poireau !&#8230;. non ?\u00a0\u00bb <br>\u00c0 cette \u00e9poque en effet, le nouveau continent n&rsquo;\u00e9tait pas encore d\u00e9couvert. La cape \u00e9tait donc encore un lourd manteau d&rsquo;hiver, et les collants toujours un sous-v\u00eatement. Heureusement quelqu&rsquo;un proposa :<br>\u00ab\u00a0\u00c0 moi, \u00e0 moi! Le comte demande \u00e0 son espion : Pouvez-vous garder un secret jusqu&rsquo;\u00e0 la mort ? Le type r\u00e9pond : Bien s\u00fbr, sire, et m\u00eame apr\u00e8s.<br>&#8211; Elle n&rsquo;est pas mal.<br>&#8211; N&rsquo;est-ce pas ? J&rsquo;ai celle-ci, aussi.\u00a0\u00bb <br>Et tout en racontant son histoire impliquant un habitant du comt\u00e9 voisin, deux pr\u00eatres et un tisonnier, le type grimpa dans la carriole. On riait, on riait. <br>Bon. Dans l&rsquo;ambiance et au d\u00e9tour de la route, Pompon partir au trot. Oui, un ajustement de position malheureux des passagers avait fait claquer les r\u00eanes, semblait-il. \u00c7a arrive. Il ne faut pas voir le mal partout.<br>Hyacinthe, derri\u00e8re, se bidonnait avec les bidasses. Il \u00e9tait en train de leur faire une interpr\u00e9tation assez ridicule de \u00ab\u00a0Le grand Quinquin\u00a0\u00bb avec force d\u00e9hanch\u00e9s, quand il eut un d\u00e9clic. La carriole avait disparu derri\u00e8re le tournant. Il compta : \u00ab\u00a0Une, deux, trois bidasses, moi \u00e7a fait quatre, Judith \u00e7a fait cinq&#8230; On est au complet. Alors qui est le type avec elle dans la carriole ? Houoh p\u00e9tard !\u00a0\u00bb Il partit comme un d\u00e9rat\u00e9 vers la carriole en sifflant. <br>Entendant le sifflet, Pompon tourna les oreilles de fa\u00e7on charmante et comique, mais malheureusement aucun spectateur n&rsquo;\u00e9tait en mesure de profiter de l&rsquo;instant. Malgr\u00e9 la vitesse qu&rsquo;on lui avait fait prendre, il s&rsquo;arr\u00eata net dans un crissement de sabots et une gerbe de graviers dignes des meilleurs drifts. Les voyageurs perdirent l&rsquo;\u00e9quilibre et ce furent eux qui se retrouv\u00e8rent les quatre fers en l&rsquo;air. On entendit le cri de Hyacinthe : \u00ab\u00a0Judith, le type, l\u00e0, il n&rsquo;est pas de chez nous !\u00a0\u00bb, ce qui est un peu raciste, mais personne ne releva.<br>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la route et un peu plu loin, une voiture, rapide et l\u00e9g\u00e8re, \u00e9tait sur le bas-c\u00f4t\u00e9, attel\u00e9e \u00e0 un cheval fougueux. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0On enl\u00e8ve Judith !\u00a0\u00bb, hurla le couturier \u00e0 l&rsquo;intention des bidasses, qui lui embo\u00eet\u00e8rent le pas. Enfin, deux seulement. Le troisi\u00e8me s&rsquo;\u00e9quipa d&rsquo;un arc, du type \u00e0 envoyer des bouts de bois pointus assez loin, et visa.<br>Et dans la carriole, on vit Judith se lever dans un juron : \u00ab\u00a0Enfoir\u00e9 d&rsquo;espion \u00e0 la cyanoacrylate ! Prends \u00e7a, c&rsquo;est du dissolvant, pot de colle !\u00a0\u00bb<br>Bruit de choses qui se brisent. Puis une voix : \u00ab\u00a0Mais \u00e7a pique !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, juste apr\u00e8s : \u00ab\u00a0Mais \u00e7a pue !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis plus rien. Quand la folle \u00e9quip\u00e9e arriva \u00e0 la hauteur de la carriole, une main se tendit et dit : \u00ab\u00a0Corde.<br>&#8211; Oh. Celle-l\u00e0 je la connais : quand un cordier veut sa corde accorder, pour sa corde accorder trois cordons il&#8230;<br>&#8211; La ferme. Corde.<br>&#8211; On&#8230;on n&rsquo;a pas de corde.<br>&#8211; Et ton pote, il utilise quoi, sur son arc ?<br>&#8211; Ah oui. Mais c&rsquo;est quoi, cette odeur ?<br>&#8211; De la tri\u00e8th&rsquo;. J&rsquo;ai pris un flacon au hasard, je lui ai cass\u00e9 sur la t\u00eate, c&rsquo;est tomb\u00e9 sur la tri\u00e9thylamine. \u00c7a pue, hein ? On risque de le sentir arriver pendant quelques jours. Ce monsieur voulait \u00eatre discret et me soustraire. J&rsquo;\u00e9tais un peu contre sa volont\u00e9. Du coup je suis l\u00e0 et il n&rsquo;est plus discret.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le cheval fougueux fut promptement fouett\u00e9 et disparut avec son attelage. \u00c0 six, avec Pompon, il \u00e9tait illusoire de le poursuivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils arriv\u00e8rent chez Anselme Magloire vers le d\u00e9but de l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Le soleil \u00e9tait radieux, le vent doux : parfait pour empester. Il toqu\u00e8rent \u00e0 sa porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils attendirent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut Laurent qui ouvrit. Ou Colas. Va savoir, toi. Colas a un grain de beaut\u00e9 sur la fesse droite que n&rsquo;a pas Laurent, mais c&rsquo;est pas facile \u00e0 voir quand ils sont en tenue de travail. \u00ab\u00a0Il faudrait leur faire des pantalons sp\u00e9ciaux\u00a0\u00bb, pensa Hyacinthe, tandis qu&rsquo;un l\u00e9ger voile rouge passait rapidement sur son front. Mais bref. Le fils Magloire reconnut la visiteuse, puis se pin\u00e7a le nez dans une grimace. Hyacinthe pensa, d\u00e9courag\u00e9 : \u00ab\u00a0Ah oui, on pue&#8230;\u00a0\u00bb. Laurent Colas renifla Judith. Elle lan\u00e7a : \u00ab\u00a0Laurent ?<br>&#8211; Groumpf.<br>&#8211; Ah. Colas, peut-\u00eatre ?<br>&#8211; Groumpf.<br>&#8211; Oui, bon. Dis voir, j&rsquo;ai deux mots \u00e0 toucher \u00e0 ton p\u00e8re&#8230; Et vous n&rsquo;auriez pas un autre mouton ?\u00a0\u00bb<br>Groumpf l&rsquo;invita \u00e0 entrer, ce qu&rsquo;elle fit. Hyacinthe s&rsquo;engouffra \u00e0 sa suite, mais.<br>Boum.<br>Le jumeau, rapide comme le bourreau, lui avait prestement referm\u00e9 l&rsquo;huis au nez.<\/p>\n\n\n\n<p>La troupe attendit.<\/p>\n\n\n\n<p>Et quelques temps plus tard, Judith ressortit avec un autre paquet sanguinolent, en disant : \u00ab\u00a0Bon, ben ses bestiaux ont effectivement la tremblante. J&rsquo;esp\u00e8re pour notre marquis que ce n&rsquo;est pas contagieux.\u00a0\u00bb<br><\/p>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Allez, Judith, on s&rsquo;enfuira sur la route.&#8211; Par piti\u00e9, Hyacinthe, je sais que ta migraine joue du tambour sur tes m\u00e9ninges, mais regarde : on est aux bons soins de ces trois malandrins, l\u00e0. 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