{"id":637,"date":"2024-12-25T17:35:14","date_gmt":"2024-12-25T16:35:14","guid":{"rendered":"http:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/?p=637"},"modified":"2024-12-25T17:35:14","modified_gmt":"2024-12-25T16:35:14","slug":"une-histoire-alambiquee-16","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/2024\/12\/25\/une-histoire-alambiquee-16\/","title":{"rendered":"Une histoire alambiqu\u00e9e 16"},"content":{"rendered":"\n\t\t\t\t\n<p>Benoist ne trouva pas la Vergandonsk. Il devait un peu trop naviguer dans des zones pleines de troupes, aussi, apr\u00e8s un rapide examen tactique, la d\u00e9cision fut prise de surseoir \u00e0 cette recherche, voire de s&rsquo;en passer carr\u00e9ment : \u00ab\u00a0Je ne connais pas de probl\u00e8me qu&rsquo;une compagnie d&rsquo;artilleurs ne puisse r\u00e9soudre. Il est plus sage de ne pas tra\u00eener dans les parages : nous reviendrons avec une force plus cons\u00e9quente, au lieu de courir apr\u00e8s une hypoth\u00e9tique magicienne.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re d\u00e9cision tactique de Dutilleul fut de poster une vigie en haut du donjon.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain matin, \u00e7a cognait, sciait et herminettait dur sur le glacis d\u00e9fensif du ch\u00e2teau. Les assi\u00e9geants s&rsquo;\u00e9taient attel\u00e9s, de bonne heure, \u00e0 une \u00e9trange construction. Les d\u00e9fenseurs, eux, ne voyaient pas cela d&rsquo;un bon \u0153il. En plus, le chantier se tenait trop loin pour leur envoyer quelque aide confraternelle, telle que pierres ou carreaux qu&rsquo;on pourrait dispenser avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et surtout vigueur. <\/p>\n\n\n\n<p>Dutilleul testa sa tactique : \u00ab\u00a0Vigie, ma mienne vigie, ne vois-tu viens venir ?<br>&#8211; Non, rien qui vient. Par contre je vois plut\u00f4t pas mal de gens qui restent. Je crois m\u00eame que c&rsquo;est notre probl\u00e8me.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Judith, elle, \u00e9tait chez elle et ennuy\u00e9e : \u00ab\u00a0Mais quel \u00e9niantiom\u00e8re d&rsquo;\u00e9tourdie de pacotille je fais !\u00a0\u00bb Elle regarda Hyacinthe, pr\u00e9sentement occup\u00e9 \u00e0 rajuster son bonnet sur sa t\u00eate. \u00ab\u00a0Nous devons retourner au ch\u00e2teau.<br>&#8211; Il est assi\u00e9gn\u00e9.<br>&#8211; Je ne vois pas le rapport.<br>&#8211; Et bien, quand on assi\u00e8gne quelque chose, on essaie de ne pas permettre \u00e0 quoi que ce soit d&rsquo;entrer dans ce qu&rsquo;on assi\u00e8gne. <br>&#8211; \u00c7a ne fait pas mes affaires. Je ne veux pas attendre, je ne sais pas combien de temps cette op\u00e9ration sp\u00e9ciale va durer, et j&rsquo;ai oubli\u00e9 certaines de mes notes l\u00e0-bas. Notamment celles qui concernent la fabrication d&rsquo;un ciment qui prend sous l&rsquo;eau. Ciment qui nous serait extr\u00eamement utile afin d&rsquo;\u00e9viter la reproduction de la sc\u00e8ne de l&rsquo;inondation. On doit donc y retourner. Ton neveu jouait bien avec une petite barque, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier ?<br>&#8211; Euh oui, mais on ne tiendra pas dedans, c&rsquo;est taille demie-portion.<br>&#8211; Parfait. On n&rsquo;ira pas dedans, mais dessous. Tu peux me d\u00e9couper \u00e7a en \u00ab\u00a0S\u00a0\u00bb, s&rsquo;il te pla\u00eet ? Et on va peindre cette barquette en blanc.<br>&#8211; Barquette ?<br>&#8211; Oui : une petite barque. On va passer en catimini.<br>&#8211; Avec un jouet et un tuyau coud\u00e9 ?<br>&#8211; C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e. Je suis s\u00fbre que de nuit et ivre mort, \u00e7a fait un tr\u00e8s bon cygne. Allez, pr\u00e9pare-toi, car :<br>Ce soir, d\u00e8s v\u00eapres, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 noircit la cascade, <br>Nous partirons. Vois-tu je sais que tu attends.<br>Nous irons par la for\u00eat, nous irons en promenade<br>Je ne puis demeurer sans toi plus longtemps.<br> <br>Je nagerai les yeux fix\u00e9s sur mes pens\u00e9es,<br>Sans rien voir au dehors, sans faire aucun bruit,<br>Seule, inconnue, le dos courb\u00e9, les mains crois\u00e9es,<br>Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.<br> <br>Je ne regarderai ni l&rsquo;or du soir qui choit,<br>Ni les soudards au loin qui intriguent,<br>Et quand j&rsquo;arriverai, je mettrai sur ta digue<br>Un bon tas de ciment premier choix. \u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Le marquis des Scalliers, \u00e0 peine entr\u00e9, convoqua son host. Mais comme le temps pressait selon lui : \u00ab\u00a0Une bonne femme assi\u00e9g\u00e9e, je ne donne pas cher de sa vertu\u00a0\u00bb, il rassembla les hommes qu&rsquo;il put trouver et se pr\u00e9para \u00e0 repartir le lendemain matin.<\/p>\n\n\n\n<p>Dutilleul essaya : \u00a0\u00bb Vigie, ma mienne vigie, ne vois-tu rien venir ?<br>&#8211; Pas rapport \u00e0 tout \u00e0 l&rsquo;heure ? Ben, non, tiens.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc \u00e0 quatre pattes dans la nouvelle petite rivi\u00e8re que Judith et Hyacinthe partirent en exp\u00e9dition, pour retrouver cette fameuse recette de ciment apte \u00e0 consolider le barrage nouvellement bricol\u00e9. Ils avaient la barquette retourn\u00e9e sur eux, dans une mis\u00e9rable tentative de passer, dans la nuit, pour un volatile aquatique. Les aspirants infiltr\u00e9s avan\u00e7aient \u00e0 la vitesse d&rsquo;un canard. La peinture, encore poisseuse, marquait l&rsquo;eau de tra\u00een\u00e9es blanches, ce qui, \u00e0 d\u00e9faut de cr\u00e9dibilit\u00e9, donnait un certain style. Judith tenait son tuyau dans un pitoyable pastiche de marionnette. \u00ab\u00a0Il ne manque plus que le tutu pour en faire un ballet\u00a0\u00bb, siffla Hyacinthe. \u00c0 quatre pattes dans l&rsquo;eau, ils essayaient de ne pas trop faire ressortir leurs fesses. Un cygne, peut-\u00eatre vex\u00e9 de cette parodie d&rsquo;imitation de sa noble esp\u00e8ce, s&rsquo;approcha de l&rsquo;esquif retourn\u00e9. Il vit quelque chose bouger et donna un coup de bec dedans. Il venait de pincer la fesse de Hyacinthe, qui se redressa par r\u00e9flexe dans un \u00ab\u00a0Ouille !\u00a0\u00bb chuint\u00e9. Et \u00ab\u00a0boum !\u00a0\u00bb, fit sa t\u00eate sur la coque.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce bruit attira l&rsquo;attention d&rsquo;un soldat. Il d\u00e9signa alors la silhouette du cygne \u00e0 un archer confr\u00e8re, lequel rigola bien : \u00ab\u00a0R\u00f4h la vieille astuce ! Alors, y&rsquo;a quelqu&rsquo;un qui veut passer sans nous dire bonjour ? C&rsquo;est pas bien, \u00e7a !\u00a0\u00bb Son condisciple lui fit remarquer qu&rsquo;il y avait d&rsquo;autres volatiles sur l&rsquo;eau. \u00ab\u00a0Oui\u00a0\u00bb, lui fut-il r\u00e9pondu, \u00ab\u00a0Mais celui-l\u00e0 est un faux. Une cagette retourn\u00e9e, on nous prend vraiment pour des idiots. Allez, d\u00e9monstration, le bleu, prends en de la graine !\u00a0\u00bb. Et il d\u00e9cocha son trait. Qui alla se ficher dans la coque. De panique, Judith l\u00e2cha le tube en S qu&rsquo;elle tenait, cens\u00e9 repr\u00e9senter le cou de l&rsquo;oiseau, et abandonna le cadavre de bois : d\u00e9couverts pour d\u00e9couverts, autant filer rapidement. L&rsquo;archer prit le \u00ab\u00a0plouf\u00a0\u00bb du tuyau pour le signe \u00e9vident du d\u00e9c\u00e8s du piaf. \u00ab\u00a0Ah ben non, tiens, c&rsquo;\u00e9tait un vrai. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait ? On va le chercher ?\u00a0\u00bb Apr\u00e8s une rapide n\u00e9gociation (\u00ab\u00a0Qui va se tremper pour ramener le r\u00f4ti ?\u00a0\u00bb), un soldat alla \u00e0 l&rsquo;eau. Quand il d\u00e9couvrit le regrettable subterfuge, il en avisa ses comp\u00e8res : \u00ab\u00a0Tentative d&rsquo;intrusion !\u00a0\u00bb. Mais Hyacinthe et Judith avaient d\u00e9j\u00e0 pris pied de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du foss\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p> Dutilleul v\u00e9rifia : \u00a0\u00bb Vigie, ma mienne vigie, ne vois-tu rien venir ? <br>&#8211; C&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;il fait tr\u00e8s nuit, l\u00e0. Je peux descendre, patronne ? J&rsquo;aimerai bien dormir un peu et manger un bout.\u00a0\u00bb <br><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ext\u00e9nu\u00e9s, apr\u00e8s un quart d&rsquo;heure de tambourinements obstin\u00e9s que Judith et Hyacinthe purent enfin entrer dans le ch\u00e2teau assi\u00e9g\u00e9. \u00c9videmment, leur arriv\u00e9e ne fut pas salu\u00e9e par un d\u00e9clenchement spontan\u00e9s de hourras enthousiastes. Ils furent plut\u00f4t invit\u00e9s \u00e0 passer la nuit sous bonne garde, en attendant qu&rsquo;on d\u00e9cide de leur sort au lever du jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quand l&rsquo;aube d\u00e9voila l&rsquo;objet du chantier des assi\u00e9geants, un murmure parcourut les rangs des d\u00e9fenseurs : &lsquo;Tr\u00e9buchet&rsquo;. Un enchev\u00eatrement de poutres. C&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement mauvais signe, cela signifie, entre autres, que les assaillants ont de la ressource et qu&rsquo;ils ne craignent pas d&rsquo;\u00eatre pris \u00e0 revers.<\/p>\n\n\n\n<p>Dutilleul h\u00e9la : \u00a0\u00bb Vigie, ma mienne vigie, ne vois-tu rien venir ? <br>&#8211; Mais on va m&rsquo;enquiquiner d\u00e8s potron-minet ?\u00a0\u00bb Caroline soupira : \u00ab\u00a0Il faut r\u00e9pondre : je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l\u2019herbe qui verdoie.<br>&#8211; Ah. Moi, vous savez, les tactiques militaires&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis elle fit la tourn\u00e9e matutinales des troupes. Comme le premier assaut n&rsquo;avait pas encore \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, tout le monde \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s frais. On pr\u00e9senta Judith et Hyacinthe \u00e0 la ch\u00e2telaine. Elle les d\u00e9visagea de haut en bas, l&rsquo;air aust\u00e8re : \u00ab\u00a0Je constate avec plaisir que l&rsquo;\u00e9quipe du g\u00e9nie nous a rejoint. Nous allons tenir un conseil strat\u00e9gique.\u00a0\u00bb Tout le monde se regarda : ils n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;une vingtaine de militaires, pourquoi refaire une r\u00e9union apr\u00e8s la revue ? \u00ab\u00a0\u00c7a signifie, Judith, que vous venez seule avec moi.<br>&#8211; Aaaaaaah&#8230;.\u00a0\u00bb Et les deux femmes s&rsquo;\u00e9clips\u00e8rent.<br>Dans le bureau de Dutilleul, l&rsquo;ambiance \u00e9tait \u00e9lectrique : \u00ab\u00a0Croyez bien que je regrette de devoir vous solliciter une fois de plus, mais nous avons en face de nous une \u00e9norme machine de guerre.<br>&#8211; Ah oui, peut-\u00eatre.<br>&#8211; Oui, \u00e7a ne doit pas vous concerner beaucoup, vu vos activit\u00e9s d&rsquo;avant-hier soir.<br>&#8211; Euh&#8230; Je cherchais mes notes pour trouver de quoi fixer le barrage ?<br>&#8211; C&rsquo;est \u00e7a. Et moi je dansais le can-can.<br>&#8211; Je trouve \u00e7a un peu l\u00e9ger pour une responsable, pendant une inondation et une attaque.<br>&#8211; Ne faites pas l&rsquo;idiote. Quand je pense que le marquis est tomb\u00e9 dans la roture&#8230;\u00a0\u00bb<br>Judith \u00e9clata de rire. \u00ab\u00a0Comme elle est mignonne !<br>&#8211; Mais ?<br>&#8211; Une petite crise de jalousie au r\u00e9veil, comme c&rsquo;est tendre. J&rsquo;ai pas crois\u00e9 votre libidineux. \u00c0 mon avis il s&rsquo;est d\u00e9bin\u00e9 vite fait bien fait, histoire de se refaire une sant\u00e9 dans ses terres. Il reviendra pour ramasser les restes fumant de ce fief.<br>&#8211; Non !<br>&#8211; Il aurait tort. Mais il se trouve que j&rsquo;appr\u00e9ciais la relative libert\u00e9 dont je jouissais ici, et je n&rsquo;aimerais pas qu&rsquo;un lourdaud vienne poser ses grosses papattes pleines de doigts sur mes ressources. Donc je vais vous aider \u00e0 nous sortir de ce foutoir. Par contre, votre marquis, gardez-le. De toute fa\u00e7on, il n&rsquo;est pas de mon \u00e2ge.\u00a0\u00bb<br><\/p>\n\n\n\n<p>Benoist se r\u00e9veilla soucieux. Les vell\u00e9it\u00e9s de conqu\u00eate de son homologue du sud ne lui plaisaient pas du tout. C&rsquo;est pas parce qu&rsquo;il lui avait achet\u00e9 \u00e0 prix d&rsquo;or sa production qu&rsquo;il fallait se sentir autoris\u00e9 \u00e0 faire n&rsquo;importe quoi. Il ne prit pas d\u2019\u0153ufs pour le petit d\u00e9jeuner. Ni de lard. Ni de pain. En fait, il ne mangea pas du tout. Il avala une grande lamp\u00e9e d&rsquo;eau. Et partit rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>Judith r\u00e9fl\u00e9chissait : \u00ab\u00a0Manquait plus que \u00e7a. Mission : d\u00e9truire le tr\u00e9buchet. Fastoche, depuis une citadelle assi\u00e9g\u00e9e, tiens. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;on a de la ressource. H\u00e9 mais&#8230;\u00a0\u00bb Elle pris une grande inspiration : \u00ab\u00a0Hyaciiiiiiiiinthe ! Tu sais toujours coudre ?\u00a0\u00bb<br>Judith r\u00e9quisitionna un peu de charbon de bois. Elle alla gratter les murs du bureau de Caroline, qui l&rsquo;observait, circonspecte : \u00ab\u00a0Oh. \u00ab\u00a0raser les murs\u00a0\u00bb a donc un sens litt\u00e9ral.<br>&#8211; Oui, tout comme \u00ab\u00a0sel de pierre\u00a0\u00bb d\u00e9signe effectivement un sel qu&rsquo;on trouve sur les pierres. Il en reste un peu ici, du salp\u00eatre, vous permettez ?\u00a0\u00bb. Puis elle alla \u00e0 la cave, et confisqua le soufre destin\u00e9 \u00e0 fumer les tonneaux. Dans les cuisines, elle prit un mortier, une balance et replongea dans son \u00e9l\u00e9ment naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au marquis, il donna l&rsquo;ordre du d\u00e9part. Sa colonne se mit en marche, banni\u00e8re au vent. Il l&rsquo;estima. Bien s\u00fbr, ce n&rsquo;\u00e9tait pas ridicule. Mais l&rsquo;urgence de la situation ne lui permettait pas d&rsquo;attendre que tous ses hommes viennent de toute la marche pour partir. Il fallait esp\u00e9rer arriver par surprise. Il nomma un lieutenant pour le rejoindre plus tard avec le reste de ses hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dutilleul redoutait l&rsquo;ennui de ses troupes. Enferm\u00e9s entre quatre murs, l&rsquo;inactivit\u00e9 allait mettre ses hommes en transe, et ils allaient se mettre \u00e0 trouver vouivres et basilics partout. Aussi dirigeait-elle des exercices derri\u00e8re les remparts. On sentait l&rsquo;inqui\u00e9tude monter face \u00e0 la menace grandissante de cette terrible arme de si\u00e8ge qui s&rsquo;assemblait derri\u00e8re les murs, hors de port\u00e9e des petits onagres de si\u00e8ge. Mais souvent, Caroline tournait des yeux pleins d&rsquo;espoir vers la vigie. Aurait-elle du secours ? Elle donnait \u00e0 Benoist une journ\u00e9e enti\u00e8re, maximum deux, pour prendre les assaillants en \u00e9tau. Apr\u00e8s, tant que ses troupes seraient encore motiv\u00e9es, elle devrait tenter une sortie.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une journ\u00e9e de marche, Cabistan fit faire une halte. Il ne fallait pas \u00eatre d\u00e9couvert de suite. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au cr\u00e9puscule que Benoist fit avancer ses soldats. La charge commen\u00e7ait.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Au m\u00eame moment, Judith pr\u00e9senta le fruit de son travail. C&rsquo;\u00e9tait un tonnelet suspendu \u00e0 un genre de grande aile delta. Bringuebalant, il semblait fragile et d\u00e9risoire. L&rsquo;alchimiste en expliquait le fonctionnement : \u00ab\u00a0Et on le monte tout en haut du donjon, on allume ici, n&rsquo;est-ce pas ?, et on jette.\u00a0\u00bb. L&rsquo;objet \u00e9tait vaste et pas tr\u00e8s pratique \u00e0 man\u0153uvrer. Rien que le monter sur la plus haute plateforme relevait du num\u00e9ro d&rsquo;\u00e9quilibriste. Mais enfin il fut en place. Judith s&rsquo;affairait autour de sa cr\u00e9ation. Elle v\u00e9rifiait les fixations, les longueurs de m\u00e8che, et tout un tas de trucs auxquels personne ne comprenait rien. \u00ab\u00a0Fais attention avec ta torche, tu vas foutre le feu. Alors, on d\u00e9plie comme \u00e7a&#8230; Tudieu, fais gaffe, t&rsquo;as failli me recoiffer fa\u00e7on flamm\u00e8ches. Est-ce que c&rsquo;est bien fix\u00e9 ? H\u00e9 mais ! Empot\u00e9 \u00e9conduit ! Regarde la toile ! Tu viens d&rsquo;y mettre le feu !\u00a0\u00bb Le porteur de torche s&rsquo;excusa. \u00ab\u00a0Bon, ben tant pis, d\u00e9grouille-toi alors : allume la m\u00e8che et balance, tant que c&rsquo;est encore possible !\u00a0\u00bb La m\u00e8che se mit \u00e0 produire des \u00e9tincelles \u00e0 profusion et \u00e0 cr\u00e9piter. On lan\u00e7a le plus fort possible l&rsquo;engin vers le camp adverse. Et dans une gerbe d&rsquo;\u00e9tincelles, mi cramant, mi planant, l&rsquo;engin alla \u00e0 la rencontre du tr\u00e9buchet. Qu&rsquo;il loupa.<\/p>\n\n\n\n<p>Benoist vit une horreur sifflante, fumante et rougeoyante dans le ciel nocturne. Il la vit voler vers le chantier. Puis une boule de feu surgit, calcinant poutres et tentes : \u00ab\u00a0Mouais. Je savais bien qu&rsquo;il y avait un dragon.\u00a0\u00bb Le camp des assi\u00e9geants se transforma en une fourmili\u00e8re \u00e9clat\u00e9e sous le sabot d&rsquo;un \u00e2ne. Les soldats couraient dans tous les sens, poursuivis par leurs propres ombres dansantes. Un cri s\u2019\u00e9leva : \u00ab\u00a0Un dragon ! Ils ont invoqu\u00e9 un dragon !\u00a0\u00bb Le cri fit l\u2019effet d\u2019un couperet : la moiti\u00e9 des soldats se mit \u00e0 d\u00e9taler, hurlant \u00e0 qui mieux mieux qu\u2019ils n\u2019avaient rien fait de mal. Ceux qui restaient d\u00e9couvraient que les renforts \u00e9taient arriv\u00e9s. Maintenant pris entre deux feux, ils cherchaient leur salut&#8230; n&rsquo;importe comment. Non mais franchement. On ne se frappe pas la t\u00eate avec son bouclier. On ne se met pas en colonne \u00e0 deux, c&rsquo;est ridicule et inefficace. Oui, c&rsquo;est bien de se mettre en cercle, mais il faut mettre les tireurs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, pas les fantassins. Voyant cela, Benoist hocha la t\u00eate et avan\u00e7a : \u00ab\u00a0Le dragon est avec nous !<br>&#8211; Ouaaaaaaais !<br>&#8211; Pas trop fort, il pourrait nous entendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Judith \u00e9tait rest\u00e9e sur la plate-forme. Caroline, paniqu\u00e9e, demanda : \u00ab\u00a0Vergandonsk, ma s\u0153ur Vergandonsk, ne vois-tu rien venir ?<br>&#8211; Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l\u2019herbe qui verdoie.\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit Judith sans r\u00e9fl\u00e9chir. Puis elle se reprit : \u00ab\u00a0Il fait nuit, il y a un incendie dans le camp, qu&rsquo;est-ce que tu veux que je voie ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ils entendirent de grands bruits. Cabistan avait profit\u00e9 de la panique caus\u00e9e par le \u00ab\u00a0dragon\u00a0\u00bb pour, avec ses troupes, casser l&rsquo;encerclement. Il attendait donc qu&rsquo;on baisse le pont-levis. Dutilleul courut \u00e0 sa rencontre. Elle hurla \u00e0 Judith, rest\u00e9e en haut : \u00ab\u00a0Et une arm\u00e9e enti\u00e8re en bas de chez moi, c&rsquo;est trop discret pour \u00eatre vu ? <br>&#8211; Oui, bon, \u00e7a va, certains d\u00e9tails peuvent m&rsquo;\u00e9chapper\u00a0\u00bb, dit Judith.<br><\/p>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Benoist ne trouva pas la Vergandonsk. Il devait un peu trop naviguer dans des zones pleines de troupes, aussi, apr\u00e8s un rapide examen tactique, la d\u00e9cision fut prise de surseoir \u00e0 cette recherche, voire de s&rsquo;en passer carr\u00e9ment : \u00ab\u00a0Je ne connais pas de probl\u00e8me qu&rsquo;une compagnie d&rsquo;artilleurs ne puisse r\u00e9soudre. 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