{"id":853,"date":"2025-06-25T10:48:19","date_gmt":"2025-06-25T08:48:19","guid":{"rendered":"http:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/?p=853"},"modified":"2025-06-25T10:48:19","modified_gmt":"2025-06-25T08:48:19","slug":"lapocalypse-selon-ben-hoikin-ze-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/2025\/06\/25\/lapocalypse-selon-ben-hoikin-ze-4\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Apocalypse selon Ben Hoikin Ze 4"},"content":{"rendered":"\n\t\t\t\t\n<p>Un v\u00e9lo \u00e9tait appuy\u00e9 sur la muraille d\u2019une \u00e9glise abandonn\u00e9e.<br>Le vent soufflait par le vantail de la lourde porte. Les feuilles mortes voletaient au travers de la nef comme les plumes dans une bataille d\u2019oreillers. Du transept, les statues fixaient le visiteur de leurs yeux sans pupille. Une clart\u00e9 color\u00e9e filtrait au-dessus de la t\u00eate, trop haut pour \u00e9clairer convenablement l&rsquo;endroit. Une immense toile sombre illustrait un r\u00e9cit pieux et \u00e9pique. Une armure vide h\u00e9bergeait quelques araign\u00e9es. Et puis, dans le ch\u0153ur, c&rsquo;\u00e9tait le contraste : une lumi\u00e8re jaune et chaude tombait du ciel, lourde, pompeuse. Elle \u00e9tait compl\u00e9t\u00e9e de nombreux lampadaires. Le laiton brillait comme dans un show steampunk. Mort habite ici. C\u2019est une \u00e9glise abandonn\u00e9e en 1537, apr\u00e8s la disparition du village. Ni guerre, ni famine, ni pestilence n\u2019avait ravag\u00e9 ce village. Rien. Il avait simplement disparu du jour au lendemain, dans une procession macabre de cercueils enterr\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te. Mort les fleurissait tous les mois. L\u2019\u00e9glise lui avait bien plu, elle cherchait un logement pour son cheval \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elle avait achet\u00e9 le b\u00e2timent en viager au cur\u00e9. Il \u00e9tait arriv\u00e9 un accident f\u00e2cheux, \u00e0 lui et ses ouailles. Une affaire. Mais du coup, elle avait fait le boulot toute seule.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle vomit. Ca et puis la\nchiasse, franchement, c\u2019est pas une sin\u00e9cure. Et la bouffe la\nd\u00e9go\u00fbtait. Elle ne nourrissait plus que de pain azyme. Ouais, des\nhosties. Et son humeur pouvait passer du meilleur au pire en trois\nsecondes. Elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 embrouill\u00e9e avec Icel, ce qui\nn\u2019avait d\u00fb arriver qu\u2019une fois, \u00e0 propos d\u2019un n\u00e9cromant de\nJud\u00e9e qui ressuscitait \u00e0 tour de bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, la grossesse, elle en\n\u00e9tait persuad\u00e9e, \u00e9tait l\u2019\u0153uvre commune de ses trois comp\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle enfourcha son v\u00e9lo. Elle d\u00e9marra, tourna au coin de\nl\u2019\u00e9glise et s\u2019arr\u00eata imm\u00e9diatement devant l\u2019h\u00f4pital de\nl\u2019union m\u00e9dicale de P\u00e9kin. \u00ab&nbsp;Tu es arriv\u00e9e avant ton\nGPS&nbsp;\u00bb, remarqua Pestilence. \u00ab&nbsp;Les entit\u00e9s surnaturelles\nne sont pas soumises \u00e0 la limite de la vitesse de la lumi\u00e8re.&nbsp;\u00bb,\nr\u00e9pondit la petite vieille, ensevelie dans un immense ch\u00e2le vert,\nrouge et marronnasse. \u00ab&nbsp;On a quoi aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mon premier cas de rougeole depuis la naissance d\u2019un foyer\nantivax ici.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne sais pas comment tu fais. Les mecs ont la solution, ils\nl\u2019ont m\u00eame rendue obligatoire, ils se sont d\u00e9barrass\u00e9s de la\nmaladie, je me souviens qu\u2019en 1993 tu l\u2019avais mauvaise\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, c\u2019\u00e9tait pas une \u00e9poque reluisante. Je m\u2019\u00e9tais fait\npincer avec Pers\u00e9phone, le patron\u2026 Icel&#8230; l\u2019avait mauvaise, tu\nte souviens&nbsp;? Je ne m\u2019amusais plus trop au taf. J\u2019\u00e9tais sur\nd\u2019autres projets, aussi. Tu te rappelles de la naissance de\nPollution&nbsp;? Un moment formidable. Je n\u2019avais pas la t\u00eate \u00e0\n\u00e7a. Ils en ont profit\u00e9. Mais regarde&nbsp;! Le vieux Pestilence est\nau top de sa forme&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je suis sid\u00e9r\u00e9e. Que tu arrives \u00e0 les convaincre \u00e0 se\nrefiler cette saloperie quand m\u00eame est impressionnant. Excuse-moi,\nj\u2019ai les dents du fond qui baignent. Assez litt\u00e9ralement.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mort d\u00e9posa une galette -au beurre &#8211; au pied du mur du b\u00e2timent.\nLes deux mains appuy\u00e9es sur la paroi, elle reprenait son souffle,\nhaletante. Un passant l\u2019interpella&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a va, madame&nbsp;?\nJe peux vous conduire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, si vous voulez&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019o\u00f9 tu me vois, p\u00e9quenot&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Oui. Il est d\u00e9j\u00e0 rare de voir la Mort arriver, alors la voir\ngerber rel\u00e8ve de l\u2019exception notable. Mais le quidam ne se d\u00e9monta\npas&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Oh, f\u00e9licitations madame. Le premier\ntrimestre, c\u2019est difficile, hein&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La Mort l\u2019ignora. Pestilence avait un sourire narquois. Il \u00f4ta\nsa casquette d\u00e9lav\u00e9e pour se passer la main dans ses rares cheveux\ngras et filasses&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais c\u2019est qu\u2019on ferait des\ncachotteries \u00e0 ses petits camarades, ma mignonne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On n\u2019annonce pas une grossesse au premier trimestre. \u00c7a porte\nmalheur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Fatima revenait du rayon grossesse d\u2019un magasin de l\u2019immense\ncentre commercial. La ventilation faisait dispara\u00eetre l\u2019odeur de\nrenferm\u00e9 de cette sordide place, et les n\u00e9ons tentaient de\nremplacer, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exc\u00e8s, le soleil disparu derri\u00e8re les\nmurs de t\u00f4le. \u00catre commer\u00e7ant dans ce genre d\u2019endroit, c\u2019est\nessayer de rendre sexy ce qui n\u2019est, au final, qu\u2019un entrep\u00f4t\nmal isol\u00e9. Mais Fatima n\u2019\u00e9tait pas dans ce genre de\nconsid\u00e9ration. Elle rayonnait d\u2019elle-m\u00eame depuis des semaines et\ndes semaines. Elle \u00e9tait aux petits soins pour \u00c9lodie, qui se\nvidait pr\u00e9sentement dans les toilettes publiques. \u00ab&nbsp;Tu t\u2019en\nsors mon c\u0153ur&nbsp;? , s\u2019inqui\u00e9tait Fatima. \u00ab&nbsp;T\u2019inqui\u00e8te,\nr\u00e9pondit une voix d\u2019outre-tombe. C\u2019est une gastro. Ou la COVID.\nOu une grosse grippe. J\u2019ai d\u00fb choper \u00e7a au turbin. Ne m\u2019approche\npas, j\u2019ai pas envie qu\u2019on perde la puce.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Fatima se t\u00e2ta le ventre. C\u2019est vrai qu\u2019\u00e0 ce stade, appeler\n\u00e7a une puce, \u00e7a avait du sens. \u00ab&nbsp;C\u2019est la chasse d\u2019eau\nque je viens d\u2019entendre&nbsp;? \n<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non, pas encore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Essaie de garder tes organes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, mon amour.\nJ\u2019en ai besoin. Tu sais que c\u2019est pas vraiment comme \u00e7a que\nc\u2019est sens\u00e9 se passer, une couvade&nbsp;? \u00bb<\/p>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un v\u00e9lo \u00e9tait appuy\u00e9 sur la muraille d\u2019une \u00e9glise abandonn\u00e9e.Le vent soufflait par le vantail de la lourde porte. Les feuilles mortes voletaient au travers de la nef comme les plumes dans une bataille d\u2019oreillers. Du transept, les statues fixaient le visiteur de leurs yeux sans pupille. 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