{"id":882,"date":"2026-03-08T13:39:12","date_gmt":"2026-03-08T12:39:12","guid":{"rendered":"https:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/?p=882"},"modified":"2026-03-08T13:39:12","modified_gmt":"2026-03-08T12:39:12","slug":"lenchantisseur-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/les-sauvages.fr\/grr\/2026\/03\/08\/lenchantisseur-7\/","title":{"rendered":"L&rsquo;enchantisseur 7"},"content":{"rendered":"\n<p>Il \u00e9tait s\u00fbr qu\u2019Hipulpon serait fier de lui. Il avait trouv\u00e9 la cache de l\u2019Enchanteur, cet \u00eatre impie qui manipulait les forces d\u00e9moniaques. De la porte ouverte de l\u2019atelier, il pouvait voir les tentacules pendre mollement hors des caisses puantes. Sur un pupitre, des rang\u00e9es d\u2019araign\u00e9es suintaient l\u2019or philosophal, aussit\u00f4t r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par une machine d\u00e9moniaque faite de roues, de cardans d\u00e9goutant d\u2019humeurs ichtieuses, de poulies grin\u00e7antes et de courroies probablement taill\u00e9es dans le cuir de quelque b\u00eate honnie. On disait en ville qu\u2019il nourrissait ses araign\u00e9es de son propre sang. Et au milieu de ce fatras f\u00e9tide, le sorcier \u00e9tait l\u00e0, pench\u00e9 \u00e0 quelque ouvrage maudit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spadassin r\u00e9fl\u00e9chissait. Il avait r\u00e9ussi \u00e0 arriver jusqu&rsquo;ici malgr\u00e9 les gardes. Il avait pass\u00e9 la nuit enferm\u00e9 dans les locaux, tapis dans l\u2019obscurit\u00e9. Il avait vu passer l\u2019\u00e9quipe de nettoyage, avait vu les changements de tour de garde, s\u2019\u00e9tait gliss\u00e9, furtif, de zone d\u2019ombre en zone d\u2019ombre, et maintenant il \u00e9tait arriv\u00e9, au seuil de l\u2019antre obsc\u00e8ne du d\u00e9mon. Il n\u2019aurait probablement droit qu\u2019\u00e0 un seul coup. Un coup de dague et le monde serait d\u00e9barrass\u00e9 de l\u2019abomination enchanteresse. Hipulpon le pardonnerait alors de ses p\u00e9ch\u00e9s, et il retrouverait l\u2019honneur de sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme bondit.<\/p>\n\n\n\n<p>Et il tomba dans un cri. Le d\u00e9mon, vif, se retourna et le vit. Un instant leurs regards se crois\u00e8rent : le voleur vit l\u2019enchanteur dans sa longue robe \u00e0 capuche dor\u00e9e. L\u2019enchanteur vit le voleur par terre, se tenant le bras. Sa dague \u00e9tait au sol. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui, mais seul le mage pouvait le voir, un fil plus fin qu\u2019un cheveu courait litt\u00e9ralement en travers de la porte, actionn\u00e9 par une roue reli\u00e9e \u00e0 son m\u00e9tier. L\u2019Honnie main du diable eut une expression d\u2019effroi, tellement humaine. Il se pr\u00e9cipita vers le voleur. Voyant cela, le malandrin se sut condamn\u00e9. Et les mots anciens du sortil\u00e8ge d\u00e9moniaque sortirent de la bouche de l\u2019Enchanteur, tels qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits dans le grimoire des savoirs interdits : \u00ab Bon sang, je savais que \u00e7a marcherait assez bien, mais pas tant que \u00e7a ! \u00bb Et il s\u2019accroupit pour examiner la plaie de l\u2019assaillant : elle \u00e9tait profonde mais nette. Perdu pour perdu, celui-ci exposa ses motifs : \u00ab Je suis venu faire\u2026 R\u00e2\u00e2h\u2026 justice, inf\u00e2me sorcier ! \u00bb Ga\u00ebtan, un instant surpris, regarda prestement derri\u00e8re lui pour se garder de cet individu au si sinistre \u00e9pith\u00e8te. Son assassin le corrigea illico : \u00ab Mais non, c\u2019est toi le mal\u00e9vole magicien ! \u00bb Perplexe, Ga\u00ebtan \u00e9carquilla les yeux. Mais l\u2019heure n\u2019\u00e9tait pas aux explications : la blessure \u00e9tait s\u00e9rieuse, aussi il s\u2019en fut qu\u00e9rir quelque chiffe pour bander sa victime. Non, son agresseur. Non, sa victime. Sa\u2026 H\u00e9, \u00e7a va, c\u2019est pas facile aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire que, de fil en aiguille, la situation avait un peu \u00e9volu\u00e9 hors du contr\u00f4le de l\u2019infortun\u00e9 drapier.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, il \u00e9tait tisserand, pas tanneur. Il s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 \u00e0 tondre deux cents carcasses de moufettes \u00e0 la fra\u00eecheur relative, et \u00e0 devoir extraire les chromatophores de cinquante kilos de pieuvres en d\u00e9but de d\u00e9composition. Tant et si bien que les employ\u00e9s charg\u00e9s de sa s\u00e9curit\u00e9 avaient fui l\u2019atelier jusqu\u2019au bistrot le plus proche, sous le principe d\u2019airain que : \u00ab D\u00e9so, hein, mais c\u2019est pas humain de puer \u00e0 ce point-l\u00e0. On a sign\u00e9 pour se faire taper dessus, peut-\u00eatre, mais y\u2019a des limites \u00e0 ce qu\u2019on peut supporter. \u00bb Et pour Ga\u00ebtan, tout ce boulot, cette odeur insupportable, entamait ses nerfs d\u00e9j\u00e0 pas tr\u00e8s solides. Tout \u00e7a pour une tenture, franchement. C\u2019est se donner du mal pour rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu\u2019il n\u2019en avait pas encore assez \u00e0 faire, il s\u2019\u00e9tait aussi tiss\u00e9 une p\u00e8lerine avec les d\u00e9licats fils des araign\u00e9es dor\u00e9es qui vivaient dans son atelier. Le fil qu&rsquo;elles excr\u00e9taient avait d&rsquo;int\u00e9ressantes propri\u00e9t\u00e9s : premi\u00e8rement il \u00e9tait extr\u00eament solide, et deuxi\u00e8mement, Ga\u00ebtan s&rsquo;\u00e9tait rendu compte que quand elles avaient ingurgit\u00e9 son sang, la soie n&rsquo;\u00e9tait visible que de lui. Une tresse de cette soie tendue sur un cadre pouvait m\u00eame servir de scie ! Il avait donc fait de longues tresses avec la soie invisible, et un v\u00eatement avec de la soie visible. En r\u00e9alit\u00e9, il avait tr\u00e8s tr\u00e8s peur de son employeur, et avait par cette manoeuvre tent\u00e9 de se confectionner une maigre protection contre une tentative d\u2019attentat \u00e0 sa personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il rentrait \u00e0 l\u2019auberge, il \u00e9tait macul\u00e9 de sang, hagard, \u00e9puis\u00e9. Toujours il apercevait, dans l&rsquo;ombre d&rsquo;un porche, une silhouette qui lui collait aux talons. Toujours suivi, jamais vraiment seul. Il avait fort maigri depuis son arriv\u00e9e \u00e0 Rotule, et l\u2019air vici\u00e9 de l\u2019atelier ne lui avait pas particuli\u00e8rement r\u00e9ussi, si bien que la capuche de son nouvel habit dor\u00e9 laissait toujours son visage dans l\u2019ombre. Mais on voyait luire ses yeux rouges et cern\u00e9s, inquiets d\u2019un monde dont il \u00e9tait le jouet.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce soir-l\u00e0, apr\u00e8s \u00eatre r\u00e9chapp\u00e9 de sa tentative d\u2019assassinat, alors que les ombres sur son chemin paraissaient plus nombreuses, alors qu\u2019enfin il se laissait glisser contre l\u2019huis de sa chambre, il avisa quelque chose d\u2019inhabituel. Etait-ce la m\u00e8che de la lampe \u00e0 huile qui vivait sa derni\u00e8re heure ? Une fen\u00eatre mal ferm\u00e9e ? L\u2019eau pour sa toilette \u00e9tait-elle croupie ? Il lui fallu beaucoup de temps pour mettre enfin le doigt sur ce qui clochait :<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sa couche \u00e9tait une femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan tenta d\u2019articuler une excuse, et sortit pr\u00e9cipitamment. Dans le couloir, son cerveau fatigu\u00e9 se mit en branle : il ne s\u2019\u00e9tait encore jamais tromp\u00e9 de chambre. Il avait bien ouvert avec sa clef, qui n\u2019est pas le passe-partout. Il avait reconnu, jet\u00e9 n\u00e9gligemment sur une chaise, le pantalon morpionneux qu\u2019il portait \u00e0 son arriv\u00e9e ici. Il prit son courage et la porte \u00e0 deux mains, et entra \u00e0 nouveau : \u00ab Excusez-moi, madame, mais il me semble qu\u2019il y a eu une erreur de cham\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La dame \u00e9tait nue.<\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan d\u00e9tourna vivement le regard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Vous \u00eates s\u00e9par\u00e9 de votre femme depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps, je crois ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La voix \u00e9tait suave, chaude et envo\u00fbtante. Elle l\u2019attendait, lui. Elle avait br\u00fbl\u00e9 de l\u2019encens, et l\u2019odeur atteignit Ga\u00ebtan avec force. Il se sentit pousser un d\u00e9sir indicible, un besoin qui s\u2019\u00e9tait tu depuis trois semaines qu\u2019il \u00e9chappait \u00e0 la mort. Il tourna lentement la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Wopopop.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait \u00e9tal\u00e9 sa chevelure rousse comme une mer sur le drap, aur\u00e9olant sa t\u00eate d\u2019un nimbe cuivr\u00e9. Son sourire \u00e9tincelant \u00e9tait rehauss\u00e9 d\u2019une foule de taches de son diss\u00e9min\u00e9es sur sa peau. Ses mains n\u2019\u00e9taient pas encore calleuses du travail manuel, et son corps exhalait la souplesse f\u00e9line.<\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan b\u00e9ait.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9las, avant m\u00eame que sa conscience lui hurle de fuir, il \u00e9tait aupr\u00e8s d\u2019elle. L\u2019instinct qui naquit quand deux cr\u00e9atures se firent femelle et m\u00e2le court-circuita la lente intelligence pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel des temps imm\u00e9moriaux : stupide, hagard, il \u00e9tait au pied du lit. Elle lui prit la main et l\u2019embrassa. Il \u00e9tait perdu, il \u00e9tait fou. Et pour bien jouir de l\u2019instant, pour bien sentir la vie passer de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, il fit ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait jur\u00e9 ne pas faire : il retira sa cape enchant\u00e9e pour s\u2019entrelacer corps contre corps. Ils burent \u00e0 leurs propres l\u00e8vres, se donn\u00e8rent corps et \u00e2me jusqu\u2019\u00e0 m\u00ealer dans une seule effluve le musc et la tannerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au moment ultime, dans un vacarme de verre bris\u00e9, la vitre vola en \u00e9clats, et la belle fut fig\u00e9e dans son plaisir. Ga\u00ebtan la vit soudain, avec horreur, le cr\u00e2ne d\u00e9fonc\u00e9 par un carreau d\u2019arbal\u00e8te. Il vit ses mains \u00e9clabouss\u00e9es de sang et de cervelle. Pris d\u2019effroi, il se redressa. Aussit\u00f4t il entendit des coups \u00e0 sa porte. Les ombres qu&rsquo;il voyait partout passaient \u00e0 l&rsquo;action. Paniqu\u00e9, il enfila son habit de soie d\u2019araign\u00e9e, attrapa son bonnet et se pr\u00e9para \u00e0 l\u2019affrontement.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte c\u00e9da bien trop facilement. Trois sicaires d\u00e9boul\u00e8rent dans la chambre. Il prirent position, un genou en terre, l\u2019arbal\u00e8te mena\u00e7ante : \u00ab La gueuze est refroidie, c\u2019est bon. O\u00f9 est notre client ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan eut un soupir de tristesse d\u2019entendre la femme qu\u2019il venait \u00e0 peine de conna\u00eetre \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e \u00ab gueuze refroidie \u00bb. La soldatesque continuait : \u00ab Il doit \u00eatre planqu\u00e9 sous le lit, c\u2019te pleutre-l\u00e0. Tout dans le costume, rien dans le slibard ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et effectivement, Ga\u00ebtan \u00e9tait cach\u00e9 sous le lit. Il \u00e9tait d\u00e9sespoir, choc et horreur. Sa chambre \u00e9tait jonch\u00e9e de tresses de soie arachn\u00e9enne. On ne pouvait pas faire un pas sans marcher sur un entrelacs de fils dor\u00e9s que Ga\u00ebtan trouvait du plus bel effet, mais dont il esp\u00e9rait maintenant tirer profit : il en saisit deux bouts, priant pour qu&rsquo;il appartiennent \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame brin. Il tira d\u2019un coup sec, et l\u2019un des soldats hurla de douleur. Il s\u2019affala au sol, tenant entre ses mains sa jambe au bout de laquelle manquait maintenant un pied, coup\u00e9 par le fil que Ga\u00ebtan contr\u00f4lait. Aussit\u00f4t, les arbal\u00e8tes claqu\u00e8rent. Certains carreaux se fich\u00e8rent dans le bois du lit, faisant voler en \u00e9clats la faible protection de Ga\u00ebtan. \u00ab Stop ! Tas de moutons ! Qui vous a donn\u00e9 l\u2019ordre de tirer ? Avez-vous vu votre cible ? Non ? Ben on ne tire pas tant qu\u2019on n\u2019a pas de cible, on vous apprend rien, en stage commando ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan reconnut la voix. C\u2019\u00e9tait celle de Jean. De surprise, un dernier coup partit. Jean entendit la corde claquer, et sa gorge se noua. On ne survit pas \u00e0 un carreau d&rsquo;arbal\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean ne dit rien. Il restait sto\u00efque, contemplant l&rsquo;\u00e9chec de sa strat\u00e9gie. Il ne voulait pas la guerre. Il l&rsquo;avait connue, il n&rsquo;en voulait plus. Il avait utilis\u00e9 toutes les id\u00e9es, toutes les opportunit\u00e9s pour donner \u00e0 son parti les armes pour \u00e9viter la guerre. C&rsquo;est marrant, \u00e7a, donner des armes pour la paix.&nbsp; Et tout ces efforts d\u00e9truits parce qu&rsquo;un guignol n&rsquo;\u00e9tait pas foutu de virer son index d&rsquo;une d\u00e9tente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab On a failli nous le tuer ce matin, on a failli nous le tuer ce soir&#8230; Finalement, on l&rsquo;a tu\u00e9 nous-m\u00eame.&nbsp;<br>\u2013 On est nerveux, chef. D\u00e9j\u00e0 qu\u2019on a merd\u00e9 ce matin, on voulait se rattraper ce soir.<br>\u2013 C&rsquo;est rat\u00e9. Portez le bless\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les soldats aid\u00e8rent leur compagnon \u00e0 rejoindre le reste de l\u2019escouade. Mais de sous le lit sortit une voix d&rsquo;outre-tombe : \u00ab\u00a0Ca fait quand m\u00eame bougrement mal\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean recommen\u00e7a \u00e0 respirer. Il avan\u00e7a d\u2019un pas, mais resta prudemment au seuil de la porte, juste devant le membre coup\u00e9 qui t\u00e9moignait que m\u00eame nu, l\u2019Enchanteur n\u2019\u00e9tait pas inoffensif.<\/p>\n\n\n\n<p>Ga\u00ebtan grima\u00e7ait de douleur. Il avait senti sa p\u00e8lerine se durcir au contact du carreau, et le durcissement se propager sur une surface de plus en plus grande, r\u00e9partissant ainsi la force de l&rsquo;impact sur une plus grande zone. Oh, bien s\u00fbr, des fibres avaient c\u00e9d\u00e9, mais lui \u00e9tait toujours en vie. C&rsquo;est quand m\u00eame formidable de d\u00e9couvrir qu&rsquo;on tisse une mati\u00e8re avec des propri\u00e9t\u00e9s de fluide non-newtonien.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Jean annon\u00e7a calmement : \u00ab C\u2019est fini. Tu es en s\u00e9curit\u00e9. Viens. On doit te changer d\u2019adresse.<br>\u2013 Nan. Je veux pas.<br>\u2013 C\u2019est n\u00e9cessaire.<br>\u2013 M\u2019en fous.<br>\u2013 Moi pas.<br>\u2013 T\u2019as tu\u00e9 mon amoureuse.<br>\u2013 C\u2019\u00e9tait pas ton amoureuse.<br>\u2013 Si.<br>\u2013 Non. Elle \u00e9tait l\u00e0 pour te tuer.<br>\u2013 Nan.<br>\u2013 Si. Regarde ton bonnet, il est blanc.<br>\u2013 Je veux pas. Je m\u2019en fous. Elle me donnait de l\u2019amour.<br>\u2013 Ben\u00eat, c\u2019est pas de l\u2019amour, c\u2019est de la manipulation.<br>\u2013 Va crever, laisse-moi r\u00eaver d\u2019humanit\u00e9 dans votre monde de manigances.<br>\u2013 Comme tu voudras. Vous six, sortez-le de l\u00e0. Il n\u2019y a plus de pi\u00e8ge dans la chambre, allez-y \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les six gaillards entr\u00e8rent, soulev\u00e8rent le lit et attrap\u00e8rent Ga\u00ebtan chacun par un bras. Ah, le terrible Enchanteur \u00e9tait beau \u00e0 voir en cet instant, crachant, jurant et battant fr\u00e9n\u00e9tiquement l\u2019air de ses petites jambes faiblardes. Jean lui prit son bonnet : \u00ab Est-ce que cette jeune femme \u00e9tait ici pour son seul plaisir ? \u00bb Le bonnet tourna bleu. \u00ab Tu vois, mon petit. On te sauve les miches. \u00bb Jean le lui rendit en le fourrant dans la poche de son prisonnier. Ga\u00ebtan hurla : \u00ab Elle m\u2019aimait ! \u00bb Et personne ne le vit, mais le bonnet redevint blanc pendant qu&rsquo;on enlevait le pauvre h\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>A trois mille cent vingt sept emcablures royales, sept pieds imp\u00e9riaux et deux pouces ducaux de l\u00e0,&nbsp;Gaston Leplancher, adh\u00e9rent depuis 43 ans, 25 mois et 71 jours \u00e0 la confr\u00e9rie agricole de Guibole, producteur respect\u00e9 de fine de p\u00eaches de givre, bouilleur de cru selon la m\u00e9thode des queues et t\u00eates, ouvrit la porte de sa demeure \u00e0 flanc de colline : \u00ab Bonjour monsieur, c\u2019est la gendarmerie de Tarse. Dites, on a constat\u00e9 un \u00e9cart entre votre production d\u00e9clar\u00e9e et vos taxes d\u2019accise. Il nous manquerait, d\u2019apr\u00e8s nos calculs, une barrique d\u2019eau de vie de p\u00eache de givre. \u00c7a fait beaucoup, pour de la p\u00eache de givre, une barrique d\u2019\u00e9cart, non ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Gaston se d\u00e9composa. Derri\u00e8re le gendarme, ses deux coll\u00e8gues, dont une femme fort marqu\u00e9e par la v\u00e9role, se chamaillaient : \u00ab Mais non ! Ta table de v\u00e9rit\u00e9 est fausse ! De toute fa\u00e7on je t\u2019ai d\u00e9montr\u00e9 hier que tu pouvais toutes les reconstruire avec l\u2019op\u00e9rateur unaire et n\u2019importe quel op\u00e9rateur binaire pourvu qu\u2019il ne soit pas l\u2019op\u00e9rateur constant !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Seconde classe Lepetit, la ferme ! Alors, monsieur Leplancher, pouvez-vous nous expliquer ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et M. Leplancher, terroris\u00e9, les invita \u00e0 entrer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait s\u00fbr qu\u2019Hipulpon serait fier de lui. Il avait trouv\u00e9 la cache de l\u2019Enchanteur, cet \u00eatre impie qui manipulait les forces d\u00e9moniaques. De la porte ouverte de l\u2019atelier, il pouvait voir les tentacules pendre mollement hors des caisses puantes. 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