Le pays des larmes de lait

L’OMS recommande l’allaitement maternel pour les nourrissons sans limite de fin. L’OMS est l’Organisation Mondiale de la Santé.

À Guyancourt, il est possible de nourrir son enfant en crèche avec du lait maternel, moyennant des règles de sécurité qu’on ne rencontre plus guère que dans les labos P4, jusqu’à ses 6 mois. À 6 mois et un jour, adieu maman. Nous nous enquîmes auprès de la mairie des raisons de ce mépris du plan Nutrition Santé national (cocorico) et de l’OMS (qui a à son actif, tout de même, l’éradication d’une maladie).

Madame,

Nous sommes parents d’un petit garçon qui va rentrer à la crèche (crèche familiale, chez une assistante maternelle) à partir de  septembre prochain. Lors de la finalisation de son inscription, nous avons appris, à notre grande surprise, qu’il n’est possible  de continuer l’allaitement maternel en crèche que jusqu’aux six mois de l’enfant, et sous la condition d’accepter le  protocole prévu à cet effet.

Nous comprenons bien la nécessité de respecter des normes sanitaires strictes. Néanmoins, ce protocole nous semble un peu contraignant, en particulier l’impossibilité de fournir du lait congelé, pratique pourtant acceptée et bien maîtrisée par exemple par les lactariums, très soucieux de sécurité sanitaire. De plus, nous sommes profondément déçus par les restrictions apportées à l’allaitement après six mois. En effet, conformément aux recommandations de la société française de pédiatrie, de l’OMS et de la Haute Autorité de la Santé, nous souhaitions que notre fils puisse profiter un maximum du lait de sa mère, volonté rendue caduque si nous sommes contraints de passer à un allaitement mixte à partir de ses six mois.

Pourtant, il ne nous semble pas que le fait de fournir le lait de la mère à l’assistante maternelle pose de grandes difficultés, hormis peut-être pour la mère elle-même qui doit gérer l’extraction du lait en plus du reste. De fait, cette solution est actuellement acceptée dans la plupart des crèches de la région, et celles de Paris ont même publié un document à cet effet, visant à favoriser l’allaitement maternel.

Aussi aurions-nous voulu savoir ce qui motive le règlement en vigueur à Guyancourt – dont nous souhaiterions vivement la révision – car nous le trouvons particulièrement dommage, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour toutes les familles concernées de Guyancourt.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer Madame, l’expression de notre considération respectueuse.

Je ne résiste pas au plaisir de retranscrire la réponse :

Madame, Monsieur,

J’ai lu avec attention votre courrier relatif au protocole d’allaiternent maternel de la Ville de Guyancourt.

La mise en place de ce protocole d’allaitement maternel a fait l’objet d’un groupe de travail.

J’entends bien que ce protocole puisse vous apparaitre comme restrictif. Toutefois, il permet de garantir au mieux les normes sanitaires et de sécurités alimentaires des enfants bénéficiant d’un protocole d’accueil individualisé d’allaitement.

Dans ce cadre, la Ville met à votre disposition le matériel de transport isotherme de biberon qui sera remis à l’assistante maternelle à une température inférieure ou égale à 4°C.

Concernant l’allaíternent, vous pourrez tout à fait le poursuivre matin et soir au-delà du sixième mois de votre enfant.

En effet, la mise en place de la diversification alimentaire entre le quatrième et le sixième mois permet ainsi l’introduction de produits lactés qui correspondent aux besoins nutritionnels d’un enfant de cet âge.

Je tiens également a vous préciser qu’aucune obligation de consommation de lait maternisé n’est imposée. Cependant, dans l’hypothèse où le lait maternel serait impropre à la consommation ou en quantité insuffisante ou pour tout autre problème de derniere minute, il vous est demandé de fournir une boîte de lait hypoallergique.

Je vous prie d‘agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Pour le Maire Empéché
L’Adjointe au Maire Déléguée

Voilà. Que nous apprend cette missive ? Tout d’abord, qu’il ne faut pas écrire à la mairie quand on veut une réponse à une question, voire une justification. Et qu’ils feraient mieux de ne pas dire qu’ils ont lu avec attention, on pourrait les prendre pour des illettrés.

Mais plus en détail. La mise en place du tralala a fait l’objet d’un groupe de travail. J’en suis fort aise. Et je tiens à signaler que le protocole de partage des ressources alimentaires mondiales a fait l’objet d’un groupe de travail également, groupe constitué de Bébert et de moi-même, la semaine dernière, au café des sports. Un problème de réglé, et croyez-moi, c’est d’un autre niveau.

Pour les étudiants en médecine qui se destinent à la pédiatrie, je me permets de signaler que la diversification alimentaire, qui est censée éviter le recours à un autre lait que le maternel, ne commence plus avant six mois. Je maintiens même, personnellement, des relations diplomatiques avec des bébés qui n’ont commencé à téter de la purée qu’après 8 mois. Alors, messieurs-dames, votre groupe de travail n’est certainement pas au point avec les pédiatres de la ville. Conséquemment, le lait maternel étant interdit, le lait maternisé est donc imposé. Quant aux difficultés de mise en oeuvre, j’attends de savoir en quoi c’est difficile, en crèche, de gérer l’allaitement maternel au-delà de six mois. Étant donné que c’est géré avant.

Pour les esprits forts qui ont su voir que l’OMS n’est pas citée dans ce courrier, aux dernières nouvelles, les recommandations de cet organisme s’appliquent au monde. Or tout chauvin que je suis, force m’a été de reconnaître que la France en fait partie. Du coup, j’aimerais que l’on m’explique ce qu’on entend quand on me dit que ces conseils ne s’appliquent pas à notre société – « on » dépassant largement le cadre de la population communale.

Ce qui me chiffone, c’est qu’on arrive à rendre humainement compliqué ce qui est mammairement simple depuis, Darwin me pince, quelques centaines de millions d’années.